
France Info nous fait partager un Article rédigé par Raphaël Godet et Clément Parrot de France Télévisions, après la condamnation de Marine Le Pen, les magistrats s’inquiètent des attaques répétées contre la justice
La mise en cause personnelle de leur collègue Bénédicte de Perthuis a poussé des magistrats à prendre la parole. Ils dénoncent une dérive et racontent à franceinfo un quotidien émaillé de menaces et d’intimidations.
Cette magistrate n’en revient pas : « Cela me sidère qu’elle soit sous protection… » Depuis la condamnation pour détournement de fonds de Marine Le Pen, lundi 31 mars, à deux ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate, la juge spécialiste des dossiers financiers Bénédicte de Perthuis fait l’objet d’une surveillance particulière. Le ministère de l’Intérieur confirme que des rondes et des patrouilles sont régulièrement effectuées devant le domicile parisien de la magistrate chargée du dossier, accusée par la droite et l’extrême droite d’avoir rendu un jugement « politique ».
« On ne fait rien d’autre que d’appliquer ce que nous demandent les politiques, donc c’est très injuste. En plus, quand ça vient de l’extrême droite, qui nous reproche des positions laxistes, on se moque de nous », abonde un de ses collègues. « Si le législateur pense qu’il faut un régime dérogatoire pour les politiques, qu’il fasse voter la loi, ensuite, il en assumera le poids politique », prévient Ludovic Friat, président de l’Union syndicale des magistrats.
Plusieurs juges observent un climat inquiétant en France, comme dans le monde, avec une dérive illibérale, de la Hongrie aux Etats-Unis. « Ces partis d’extrême droite s’attaquent à la justice, parce que c’est un contre-pouvoir qui les gêne considérablement », observe l’ancien magistrat Serge Portelli. D’après Armand Riberolles, ex-magistrat du pôle financier, la menace a évolué : « A l’époque des affaires de la MNEF ou du RPR, les attaques étaient déjà fréquentes, mais elles étaient ad hominem, on nous accusait d’être des juges rouges. Aujourd’hui, c’est une attaque contre l’institution judiciaire dans son ensemble. »
Les attaques personnelles n’ont pas cessé pour autant. « La manière dont nos collègues sont jetés en pâture est scandaleuse », déplore Ludovic Friat. « Bénédicte de Perthuis a reçu des menaces physiques sur les réseaux sociaux. » Le président de l’USM pointe la responsabilité de la parole « décomplexée » des responsables politiques, qui « autorise toute une masse de personne sur les réseaux sociaux à passer du commentaire à la menace. Une digue a sauté. »
« C’est consternant et dangereux. On a eu de nombreux attentats ces derniers mois et quand vous désignez des personnes à la vindicte des magistrats, vous ne savez pas ce qu’il peut se passer », s’inquiète également Serge Portelli. Signe que le moment est sensible, plusieurs magistrats ont refusé de répondre, même anonymement. D’autres reconnaissent avoir été la cible de menaces, mais refusent de les détailler.
Que des magistrats se retrouvent sous pression n’a rien de nouveau. Certains, dans l’histoire récente, l’ont même payé de leur vie. Le 21 octobre 1981, le juge d’instruction Pierre Michel circulait à moto.
Diffusion lundi 7 avril 2025 – 10h20 / 17h05
O.Nottale