La Pelote du Sexisme

Sexisme intériorisé

today19/05/2026 2

Arrière-plan
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Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Aujourd’hui, on s’attaque à une forme de sexisme beaucoup plus discrète. Moins visible. Moins frontale. Et surtout plus déroutante, parce qu’elle ne vient pas toujours de l’extérieur.

Aujourd’hui, on parle de sexisme intériorisé.

Le sexisme intériorisé, c’est le fait d’intégrer des normes, des stéréotypes ou des jugements sexistes… et de les reproduire, parfois contre soi-même, parfois contre d’autres femmes, sans même s’en rendre compte.

Autrement dit : quand un système de domination devient suffisamment banal pour être intégré dans nos réflexes.
Et ce point est important : ce n’est pas une dérive individuelle. C’est une résultante normale d’un fonctionnement social.

Ça commence souvent très tôt, avec des choses en apparence anodines.

Par exemple, une phrase que j’ai souvent dite jusqu’au lycée, avec fierté, de dire que “moi, je ne suis pas une fille fille”.

Dit comme une distinction. Comme une manière de se valoriser.

Et derrière, il y a une idée implicite : être trop associée au féminin, ce serait être moins crédible, moins sérieuse, moins légitime.
Alors on prend ses distances. On dit qu’on ne se maquille pas trop. Qu’on n’aime pas les “dramas”. Qu’on préfère les univers masculins, le foot, les codes dits neutres.
C’est ce qu’on appelle parfois le syndrome de “la pas comme les autres”.

Une stratégie d’adaptation. Une manière d’être acceptée dans un cadre où le masculin reste la norme implicite.
Et il faut être clair : le problème n’est pas d’aimer le foot ou de ne pas se maquiller. Le problème, c’est quand ces choix deviennent un outil pour dévaloriser d’autres femmes.
Et là, un deuxième mécanisme apparaît qui est le jugement entre paires.

Pourquoi est-on souvent plus dure avec une autre femme qu’avec un homme ?

Sur sa tenue, son ambition, sa manière de parler, ses choix de vie.
Les recherches en sciences sociales montrent d’ailleurs que les femmes sont en moyenne plus exposées à l’évaluation de leur apparence et de leur comportement que les hommes, dans les contextes professionnels comme sociaux.

Une femme trop maquillée sera jugée superficielle. Pas assez maquillée, négligée. Trop ambitieuse, froide. Trop discrète, effacée.
Dans beaucoup de cas, quoi qu’elle fasse… elle sera évaluée.
Et souvent, ce jugement ne vient pas uniquement des hommes. Il vient aussi des femmes.
Pas parce qu’elles seraient “plus dures”, mais parce qu’elles ont intégré les mêmes normes de perception.
Dans un système où la reconnaissance est perçue comme limitée, la comparaison devient automatique. Et la rivalité s’installe.
Mais cette rivalité n’est pas naturelle. Elle est construite.
Et elle a un effet très concret, c’est qu’elle fragilise la sororité.
La sororité, ce n’est pas être d’accord sur tout. Ce n’est pas s’aimer systématiquement. C’est refuser de se définir les unes contre les autres dans un système qui nous met déjà en concurrence permanente.

Et cette logique de comparaison ne s’arrête pas là. Elle finit par s’appliquer à soi-même.
C’est là qu’intervient l’autocensure.

Très tôt, beaucoup de femmes intègrent l’idée qu’il faut être agréable, mesurée, pas trop sûre de soi, pas trop visible.
Et les données en entreprise montrent quelque chose de très concret : les femmes ont tendance à moins négocier leur salaire initial et à postuler davantage uniquement lorsqu’elles estiment remplir l’ensemble des critères, là où les hommes postulent plus facilement en se projetant.

Résultat : elles parlent moins fort. Elles prennent moins de place. Elles hésitent davantage à se positionner.
Et ce terrain est particulièrement favorable au sentiment d’imposture, ou syndrôme de l’imposteur (qui n’a rien d’un syndrôme d’ailleurs !)
Des études en psychologie du travail estiment qu’il concerne une majorité de personnes à un moment de leur carrière, avec une intensité souvent plus élevée chez les femmes, notamment dans les environnements compétitifs ou très normés.

Pas parce qu’elles seraient moins compétentes. Mais parce qu’elles ont appris à douter de leur légitimité.
Un doute qui ne vient pas de nulle part. Mais d’un ensemble de micro-signaux répétés : la place qu’on leur donne, celle qu’on leur retire, et celle qu’on leur apprend à ne pas prendre.
Et parfois, ce doute devient presque une norme silencieuse.
Alors, comment sortir de cette mécanique ?

Une première étape simple consiste à interroger ses propres réflexes : est-ce que je jugerais un homme de la même manière ? Est-ce que ce critère est appliqué de façon symétrique ?
Ce n’est pas magique. Mais c’est déjà une manière de casser l’automatisme.

Alors détricoter le sexisme intériorisé, ce n’est pas accuser les femmes.
C’est comprendre que ces mécanismes sont appris. Et que ce qui est appris peut être désappris.
C’est remplacer la comparaison systématique par une lecture plus lucide du contexte.
C’est sortir de la logique de mise en concurrence permanente.

Et surtout, c’est arrêter de penser qu’il faudrait être “différente des autres femmes” pour avoir de la valeur.
Parce que le problème n’a jamais été les femmes entre elles.

Le problème, c’est un système qui les met en comparaison constante… bien avant qu’elles aient eu le choix de coopérer.

 

Allez, on respire. On continue de détricoter.

 

Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 20 mai 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


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