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Bonjour bonjour !

Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Chaque semaine, on regarde comment le sexisme s’infiltre partout dans nos mots, nos images, nos réflexes, et comment il continue de limiter ou de dévaloriser des personnes à cause de leur genre. Parfois frontal, parfois bien déguisé, mais toujours là.

Aujourd’hui, on tire un fil particulièrement révélateur : le sexisme en politique. On commence avec une voix que vous reconnaîtrez sûrement.
https://youtube.com/shorts/W1441vsBFc4?si=QM6 pUxL8cZDRbqQh

Dans cet extrait, on l’entend, Roselyne Bachelot ne parle pas uniquement de son parcours personnel, mais de ce qu’elle a observé, année après année, en politique. Elle décrit un système, un fonctionnement, une mécanique bien huilée. Des remarques sur l’apparence, des sous-entendus permanents, une parole féminine constamment soupçonnée de manquer de sérieux ou de légitimité. Elle met des mots sur ce constat partagé par beaucoup de femmes en politique, cette impression diffuse qu’il faut toujours en faire davantage, être plus solide, plus irréprochable, simplement pour être écoutée à égalité. Et ce constat, il ne date pas d’hier ,il se rejoue, encore et encore. On se souvient plus récemment de Donald Trump qualifiant Giorgia Meloni de “belle jeune femme”, comme si son apparence méritait plus de commentaires que ses positions politiques. De Cécile Duflot en 2012, huée à l’Assemblée nationale non pas pour un discours, mais pour avoir porté une robe à motifs. De Pauline Rapilly-Ferniot, à qui l’on coupe le micro en plein conseil municipal parce que ce qu’elle dit dérange le maire. Ou encore de cette anecdote hallucinante racontée par Najat Vallaud-Belkacem qui expliquait qu’en Conseil des ministres, François Hollande avait fini par interdire les téléphones, parce qu’il avait remarqué que lorsque des femmes prenaient la parole, certains collègues jugeant probablement leurs propos moins intéressants, se plongeaient sur leur écran.

Ces scènes disent toutes la même chose.
On écoute moins.
On interrompt plus.
On minimise, on discrédite, on décrédibilise.

 

La politique reste largement perçue comme un domaine d’hommes. Et ce n’est pas qu’un ressenti.
À l’échelle mondiale, moins d’un pays sur dix est dirigé par une femme. Et quand elles accèdent au pouvoir, elles sont davantage scrutées, commentées, attaquées. Même quand elles entrent dans le club, on leur rappelle très vite qu’elles n’en feront jamais vraiment partie.
C’est ça, le patriarcat politique, un espace historiquement construit par et pour les hommes, où les femmes doivent constamment prouver leur compétence, sans jamais avoir droit à l’erreur. Une erreur commise par un homme devient une “gaffe”. Chez une femme, elle devient une confirmation d’incompétence.

Alors oui, on entend souvent “Mais aujourd’hui, il y a la parité.”
Ou
“ Les quotas ont permis à plus de femmes d’entrer en politique.”
Alors c’est vrai, mais y entrer ne veut pas dire y être respectée.

 

Car une fois élues, les femmes subissent davantage de violences verbales, plus de commentaires sur leur apparence, plus de mises en doute sur leur légitimité. Près de 8 femmes politiques sur 10 déclarent avoir subi des propos ou comportements sexistes. Plus d’une sur deux évoque des violences verbales ou symboliques dans l’exercice même de ses fonctions. La parité ne fait pas disparaître le sexisme. Elle le rend simplement plus visible. Pourquoi est-ce important d’en parler ? Parce que la politique, c’est l’endroit où l’on décide pour tout le monde.

Qui est représenté.
Qui parle.
Qui est entendu.

 

Par exemple, une assemblée majoritairement masculine ne peut pas, à elle seule, refléter la diversité des expériences, des trajectoires, des réalités vécues. La question n’est donc pas seulement combien de femmes siègent, mais dans quelles conditions elles le font. Être présente sans être écoutée, visible sans être prise au sérieux, ce n’est pas de la représentation.
Et surtout, la présence des femmes change les choses. Non pas parce que toutes les femmes seraient de fait plus progressistes ou exemplaires — ce n’est évidemment pas le cas de toutes — mais parce que la diversité des points de vue transforme les priorités, les sujets mis à l’agenda, les manières de faire.

On l’a vu, par exemple, au Rwanda après le génocide : avec un Parlement majoritairement composé de femmes, les politiques publiques ont largement investi les questions sociales,
de santé, d’éducation, de reconstruction. Ce n’est pas une question de nature. C’est une question de socialisation, d’expériences, de regards croisés.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

D’abord, reconnaître que le sexisme en politique existe, et qu’il ne relève ni de l’humour, ni du “jeu politique”, ni de la sensibilité personnelle.

Ensuite, fixer des règles claires : sanctionner réellement les propos sexistes, qu’ils aient lieu dans les assemblées, les médias ou en ligne.

Protéger les élues face aux violences, notamment numériques, au vague de cyberharcèlement, qui constituent aujourd’hui l’un des principaux freins à l’engagement. Former les partis, leurs cadres, leurs équipes, pour que ces comportements cessent d’être minimisés ou excusés. Et surtout, accompagner et soutenir, refuser collectivement que vivre du sexisme soit le prix à payer pour accéder à la sphère politique, parce que s’engager en politique ne devrait jamais impliquer d’apprendre à encaisser.
Le sexisme en politique n’est pas un détail. Il touche précisément les lieux où se concentrent le pouvoir et la décision.
Le comprendre, le voir, c’est déjà commencer à rééquilibrer les choses.
Redonner de la valeur, de la crédibilité, de l’espace à celles qu’on a trop longtemps tenues à distance.
Et c’est à ça que sert La pelote du sexisme, tirer les fils, un par un, pour voir comment ce système s’est tricoté… et comment, ensemble, on peut commencer à le détricoter.

Parce que la pelote du sexisme n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 21 janvier 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


La Pelote du SexismeprochainementSociété

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