Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.
Aujourd’hui, on va parler d’un sujet qui semble, à première vue, assez éloigné du sexisme : l’écologie.
Et pourtant, regardez bien : on vit encore dans une société où certains comportements écologiques sont facilement moqués comme étant “pas virils”. Trier ses déchets, acheter en vrac, parler du vivant, réduire sa consommation, faire attention aux ressources… tout cela reste souvent associé à quelque chose de féminin ou a minima, de fragile ou de moraliste.
À l’inverse, la puissance continue parfois d’être représentée par la domination, l’excès, la consommation sans limite. Les grosses voitures, le refus des contraintes, l’idée qu’il faudrait “profiter” plutôt que “se restreindre”.
Comme si protéger le vivant menaçait certains modèles de masculinité.
Et ce lien entre écologie, pouvoir et rapports de genre n’est pas nouveau. Il porte même un nom : l’écoféminisme.
Le terme apparaît dans les années 1970 sous la plume de la féministe française Françoise d’Eaubonne. Son idée est simple, mais extrêmement puissante : les mécanismes qui permettent historiquement de dominer les femmes ressemblent beaucoup à ceux qui permettent d’exploiter la nature.
Dans les deux cas, on retrouve les mêmes logiques : contrôler, exploiter, extraire, posséder, rentabiliser.
Et plus on regarde notre société, plus ce parallèle saute aux yeux.
D’un côté, les femmes ont longtemps été associées au soin, au corps, à l’émotion, au vivant. De l’autre, les modèles masculins dominants ont davantage valorisé la maîtrise, la conquête, la performance et la puissance.
Or notre modèle économique repose justement sur cette idée de croissance infinie, d’exploitation permanente des ressources et de domination de l’environnement.
Comme si tout ce qui était vivant devait être transformé en ressource disponible.
Et cette logique produit des conséquences très concrètes.
Parce que face aux catastrophes climatiques, tout le monde n’est pas exposé de la même manière.
Selon l’ONU, les femmes et les enfants représentent environ 80 % des personnes déplacées par les catastrophes liées au changement climatique. Sécheresses, inondations, crises alimentaires, déplacements forcés… les populations les plus précaires sont aussi les plus vulnérables.
Et dans beaucoup de régions du monde, ce sont les femmes qui assurent l’accès à l’eau, à l’alimentation, aux soins ou aux ressources du quotidien. Quand les terres deviennent inhabitables ou que les ressources se raréfient, ce sont elles qui absorbent en premier les conséquences.
On l’a vu par exemple lors du tsunami de 2004 en Asie : dans certaines zones, jusqu’à 70 % des victimes étaient des femmes.
Pourquoi ? Parce que les inégalités sociales aggravent les catastrophes naturelles. Certaines femmes ne savaient pas nager, restaient avec les enfants ou avaient moins accès aux informations d’évacuation.
Et c’est important de le rappeler : une catastrophe dite “naturelle” révèle souvent des inégalités très humaines.
Même chose dans l’agriculture. Les femmes représentent environ 43 % de la main-d’œuvre agricole mondiale selon la FAO, mais elles possèdent beaucoup moins de terres, ont moins accès au crédit et participent moins aux décisions politiques liées aux ressources.
Autrement dit : celles qui assurent une immense partie du travail lié au vivant restent souvent exclues du pouvoir.
Ceci explique peut-être que ce sont aussi très souvent des femmes qui se retrouvent au cœur des luttes écologiques.
On pense évidemment à Greta Thunberg aujourd’hui, mais bien avant elle, de nombreux mouvements environnementaux majeurs ont été portés par des femmes.
Dans les années 1970 en Inde, par exemple, le mouvement Chipko voyait des femmes enlacer physiquement des arbres pour empêcher leur abattage. Leur raisonnement était très concret : protéger la forêt, c’était protéger l’eau, la nourriture, le chauffage, donc les conditions mêmes de la survie quotidienne.
Et cette idée traverse beaucoup de mouvements écoféministes : défendre l’environnement, ce n’est pas défendre quelque chose d’abstrait. C’est défendre les conditions matérielles de la vie.
D’ailleurs, plusieurs études montrent que les femmes expriment aujourd’hui davantage d’inquiétude face au changement climatique et sont plus nombreuses à adopter des comportements écologiques ou à s’engager dans les mobilisations environnementales.
Mais attention : cela ne veut pas dire que les femmes seraient “naturellement” plus proches de la nature ou plus vertueuses.
Ce serait retomber dans un vieux cliché essentialiste.
Le vrai sujet, c’est plutôt de comprendre comment notre société associe encore certaines valeurs — le soin, la prudence, la préservation — à quelque chose de féminin, tandis que d’autres valeurs comme la domination, la prise de risque ou la consommation excessive restent associées à une certaine idée de la virilité.
Et cela se voit jusque dans les discours anti-écologie.
Quand certains responsables politiques tournent les préoccupations écologiques en ridicule, quand on caricature les militants comme des “fragiles”, des “bobos” ou des “hystériques”, on retrouve souvent une opposition implicite entre puissance et vulnérabilité.
Comme si prendre soin du vivant était incompatible avec la force.
Alors qu’au fond, continuer à détruire des ressources dont dépend notre survie collective n’a rien de particulièrement puissant.
Et peut-être que le véritable enjeu est là : repenser ce qu’on valorise socialement.
Parce qu’aujourd’hui encore, notre société récompense davantage ceux qui prennent, exploitent et dominent… que ceux qui préservent, réparent ou protègent.
Alors détricoter le sexisme dans l’écologie, ce n’est pas seulement parler de compost ou de tote bags.
C’est questionner notre rapport au pouvoir, à la consommation et à cette idée très ancrée selon laquelle la domination serait une preuve de force.
Parce qu’au fond, protéger le vivant ne devrait jamais être considéré comme une faiblesse.
Allez, on respire. On continue de détricoter. Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.
Diffusion mercredi 17 juin 2026 – 10h20 / 17h05
D.Rousson