La Pelote du Sexisme

Sexisme et capitalisme

today19/10/2026 2

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Bonjour bonjour !

Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Aujourd’hui, on tire un fil un peu différent. Plus structurel. Parce que depuis le début de cette émission, on parle de sexisme dans le travail, dans la santé, dans l’espace public, dans l’argent… Et à chaque fois, on butte sur la même question : pourquoi ces inégalités persistent-elles autant, malgré les lois, malgré les prises de conscience ? Aujourd’hui, j’ai envie qu’on remonte encore un cran. Qu’on regarde le décor dans lequel tout ça se passe. Ce décor, c’est le capitalisme.

Commençons par poser les mots sur la table.

Le capitalisme, dans sa définition la plus simple, c’est un système économique fondé sur la propriété privée, la recherche du profit, et l’accumulation de richesses. Pour fonctionner, il a besoin de main-d’œuvre. Et historiquement, il a toujours cherché à obtenir cette main-d’œuvre au coût le plus bas possible, quitte à exploiter celles et ceux qui avaient le moins de pouvoir pour refuser.

Le sexisme, lui, repose sur un mécanisme très proche : il infériorise les femmes, les cantonne à certains rôles, leur dénie certains droits. Et ce faisant, il les rend plus facilement exploitables. Pas étonnant que les deux systèmes aient trouvé un terrain d’entente aussi solide.

C’est exactement ce qu’analyse la philosophe Silvia Federici dans son ouvrage Caliban et la sorcière, une référence incontournable sur ce sujet. Elle montre que le capitalisme ne s’est pas simplement installé à côté du patriarcat : il en a eu besoin. Il a eu besoin que quelqu’un s’occupe de reproduire la force de travail (élever les enfants, soigner les corps, entretenir les foyers) et que ce quelqu’un le fasse gratuitement. Ce quelqu’un, c’étaient les femmes. Et pour que ça fonctionne, il fallait que ce travail soit invisible, dévalorisé, présenté non pas comme un travail mais comme une vocation naturelle. Le sexisme a fourni exactement ce cadre idéologique.

Ce qui est frappant, c’est que la logique est la même des deux côtés : on crée une hiérarchie, on la naturalise, et on l’utilise pour justifier une exploitation. Dans le capitalisme, certains méritent de posséder et d’autres de travailler pour eux. Dans le patriarcat, les femmes sont naturellement faites pour certaines tâches et pas pour d’autres. Les deux systèmes partagent cette idée qu’il existe un ordre des choses qui légitime des inégalités de pouvoir.

Et ça se voit très concrètement. Selon l’INSEE, le travail domestique non rémunéré (cuisine, ménage, soin aux enfants, aux personnes âgées) représenterait entre 25 et 35 % du PIB français s’il était comptabilisé comme un vrai travail. Des milliers de milliards d’euros. Un travail qui repose encore à 60-70 % sur les femmes. Gratuitement.
Ce n’est pas une anomalie du système. C’en est un rouage essentiel.

D’ailleurs, dans les années 1970, des féministes matérialistes comme Mariarosa Dalla Costa ont revendiqué quelque chose de radical : un salaire pour le travail domestique. La revendication n’a pas abouti, mais la question qu’elle posait reste entière : pourquoi certains travails sont-ils rémunérés et d’autres non ? Et qui décide de cette frontière ?
On retrouve la même logique à l’échelle mondiale. Les usines textiles du Bangladesh, du Vietnam ou du Cambodge emploient entre 70 et 85 % de femmes. Ce n’est pas un hasard. Dans des contextes où les droits des travailleuses sont peu protégés, leur force de travail est moins coûteuse, plus facilement disciplinable. Le capitalisme mondialisé a reproduit à très grande échelle la même mécanique qu’au XIXe siècle : trouver les personnes qui ont le moins de pouvoir pour négocier, et leur faire porter les coûts de la production.
Et quand le système vacille, ce sont encore elles qui absorbent le choc.

Après la crise financière de 2008, les politiques d’austérité qui ont suivi ont touché de manière disproportionnée les femmes, notamment dans les pays du sud de l’Europe : coupes dans les services publics, fermetures de structures de garde d’enfants, réductions des aides sociales. Résultat : les femmes ont compensé en faisant davantage, gratuitement, à la maison. La crise économique s’est traduite, pour elles, par encore plus de travail invisible.

Il y a aussi un phénomène plus récent qui mérite d’être nommé : le « pink washing ». Des entreprises affichent des slogans sur l’émancipation féminine, célèbrent la force des femmes dans leurs publicités, tout en maintenant des écarts de salaire internes, des directions quasi exclusivement masculines, et des conditions de travail précaires pour leurs employées les plus vulnérables. C’est peut-être le signe le plus cynique de cette alliance : quand même la critique du sexisme devient une source de profit.

Alors est-ce que lutter contre le sexisme implique nécessairement de lutter contre le capitalisme ? C’est une question qui traverse les courants féministes depuis des décennies, sans réponse unanime. Ce que je crois, en revanche, c’est qu’on ne peut pas comprendre les inégalités de genre sans regarder le système économique dans lequel elles s’inscrivent. Comme pour l’écoféminisme, dont on a parlé dans une chronique précédente, les causes sont liées. Sexisme, capitalisme, exploitation de la nature : ce sont des systèmes qui partagent la même logique de domination et de hiérarchie.

Parce que des lois sur l’égalité salariale peuvent exister et des écarts persister. Des discours sur la place des femmes peuvent fleurir et des structures de pouvoir rester intactes. Tant qu’on ne regarde pas aussi qui profite des inégalités, et comment ce profit est organisé, on risque de détricoter un fil sans jamais toucher à la pelote entière.

 

Allez, on respire. On continue de détricoter.

Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 21 octobre 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


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