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La Pelote du Sexisme

Sexisme et Parentalité

today13/04/2026 17

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    Sexisme et Parentalité Divergence


Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

 

Aujourd’hui, on ne va pas chercher le sexisme dans la rue ou au bureau. On va regarder plus près, juste là, dans nos maisons, sur notre canapé : dans nos couples, et plus précisément dans nos rôles de parents. Je pose le cadre tout de suite : je vais parler des couples hétérosexuels, parce que c’est là que les schémas traditionnels restent les plus tenaces.

Le sexisme, quand il s’infiltre chez nous, il arrive dans nos duos bien avant qu’on change la première couche. Tout commence souvent par la mise en couple : en France, dans les couples où l’homme est en emploi et la femme travaille à temps plein aussi, l’écart de temps consacré aux tâches domestiques est d’environ une heure et demie par jour. Et plus largement, en 2010, les femmes assuraient encore 71 % des tâches ménagères et 65 % des tâches parentales. Autrement dit : avant même l’arrivée d’un enfant, la répartition est déjà bancale. Et quand l’enfant arrive, c’est l’explosion.

Au-delà de la charge domestique, on rencontre donc ce qu’on appelle la charge parentale : tout ce qu’il faut penser, anticiper, organiser, coordonner pour qu’un enfant vive, soit soigné, nourri, habillé, inscrit, emmené, récupéré. Et si on accepte ce gouffre sans trop broncher, c’est aussi parce qu’on vient l’adosser à un argument qui justifie tout : l’instinct maternel.

Ahh, cette idée reçue qu’il y aurait un super-pouvoir issu de l’utérus, qui permettrait aux femmes de savoir, comme par magie, comment s’occuper d’un enfant. Comme d’habitude, pas de bol : les hommes, eux, n’auraient pas cette aptitude. Comme c’est arrangeant. Pourtant, la science vient bousculer ce dogme : une étude montre que lorsque les pères s’investissent dans les soins quotidiens, leur taux de testostérone baisse, et cette évolution accompagne davantage d’implication dans le soin. Autrement dit, ce n’est pas “l’instinct” qui fabrique le parent : c’est l’investissement concret qui transforme aussi la biologie parentale.

Mais en restant enfermées dans ce rôle d’élue de la nature, les femmes tombent parfois dans le gatekeeping maternel. C’est ce mécanisme où, parce que la société ne nous donne de la valeur qu’à travers notre rôle de mère, on finit par verrouiller l’accès au bébé, de peur de perdre notre seule zone de pouvoir. On devient les gardiennes du temple, ce qui renforce l’asymétrie au lieu de la corriger. Cette idée rejoint aussi ce que la sociologue Laura Balbo appelait la Double Présence : être au travail sans jamais quitter mentalement la maison, rester connectée à la fois au bureau, au pédiatre, aux listes de courses et au frigo vide.

Cette asymétrie est aussi gravée dans le marbre par la loi française. Aujourd’hui, une mère a droit à 16 semaines de congé maternité, tandis que l’autre parent dispose de 3 jours de congé de naissance obligatoire puis de 25 jours de congé paternité. On comprend vite l’effet produit : on fabrique légalement une experte et un stagiaire, car forcément, un des deux parents passe nettement plus de temps avec sa progéniture que l’autre. Et tant qu’on laisse croire que le second parent est là pour “aider”, on entretient ce décalage, donc petit rappel : on n’aide pas pour son propre enfant, on prend sa part.

C’est aussi pour ça que je veux éclaircir un point. Je parle ici de personnes qui sont parents, mais le sexisme se glisse aussi quand on ne veut pas l’être. L’injonction à la maternité est beaucoup plus forte pour les femmes que pour les hommes. Et ça me fait penser à ce qu’ont pu vivre la journaliste Salomé Saqué et l’astronaute Thomas Pesquet, qui se sont exprimés à peu près au même moment sur leur non-désir de parentalité il y a quelques années. Deux personnalités différentes, un même discours, et pourtant un accueil très différent : quand une femme dit non, elle se prend de plein fouet les reproches, l’égoïsme supposé, la suspicion ; quand un homme dit non, son choix est beaucoup plus facilement présenté comme une forme d’exemplarité ou de renoncement lucide.

Et pour revenir à celles et ceux qui sont parents, il y a aussi un phénomène qui émerge de plus en plus : le regret parental. C’est le fait de regretter d’avoir eu un enfant, pas de notre amour pour lui, mais de regretter la manière dont la parentalité s’est imposée dans notre vie. C’est un tabou, mais ce tabou n’est pas juste intime : il est lié aux conditions matérielles, au soutien du partenaire, à l’épuisement, et plus largement à la manière dont les politiques publiques accompagnent — ou n’accompagnent pas — la parentalité. Les recherches disponibles montrent que ce regret existe chez une minorité de parents et qu’il est associé à des facteurs contextuels, pas à un simple “caprice individuel”, qu’il est par exemple moins présent dans les pays scandinaves, où l’égalité parentale y est bien plus présente.

Les langues se libèrent, les mentalités changent, et on voit même émerger une nouvelle génération de pères. Sur ce sujet, je prends la référence de la BD L’Arnaque des nouveaux pères, qui je trouve est très parlante. Les auteurs y rappellent qu’en France, les femmes effectuaient 80 % des activités parentales en 1986, et encore 71 % en 2010, et qu’à une réunion parents-professeurs, ils ont compté 28 parents dont seulement 6 hommes. C’est dire si le “nouveau père” moderne est parfois davantage un récit qu’une réalité. Leur enquête montre surtout que l’implication masculine progresse plus vite dans les moments valorisés et visibles que dans le cambouis du quotidien.

Et puis enfin il y a la question des finances. Parce que la parentalité n’est pas seulement une histoire de couches, de rendez-vous et de charge mentale. C’est aussi une rupture économique, parfois brutale. C’est là qu’entre en jeu la théorie du pot de yaourt de Titiou Lecoq : d’un côté, les dépenses du quotidien, les courses, les couches, le périssable, dépenses plutôt honorées par les mères, de l’autre, le patrimoine, la maison, le durable, celles honorées par les pères. S’il y a séparation, ce qui se mange a disparu, mais ce qui se transmet reste souvent du côté de celui qui a payé le capital. Et là, on comprend que la parentalité, dans le couple, peut aussi devenir un piège financier.

Au fond, la parentalité est un sujet complexe, et le sexisme y est partout : chez celles et ceux qui veulent des enfants, chez celles et ceux qui n’en veulent pas, dans la répartition des tâches, dans le travail, dans la charge mentale, dans les congés, dans les finances. Alors les solutions doivent être concrètes : des congés vraiment mieux partagés, des places en crèche, des responsabilités nommées clairement, des institutions qui appellent aussi les pères, et surtout la fin du réflexe “mon mari m’aide”. Non. Un parent n’aide pas. Un parent prend sa place.

Détricoter la parentalité, ce n’est pas culpabiliser les familles. C’est comprendre que l’amour ne doit pas devenir un coût caché, ni pour le corps, ni pour le temps, ni pour l’argent. La parentalité de demain ne sera pas une faveur. Elle devra être une organisation plus juste, du premier baiser jusqu’au dernier pot de yaourt.

 

Allez, on respire. On continue de détricoter.

Parce que La pelote du sexisme n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 15 avril 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


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