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La Pelote du Sexisme

Sexisme et Argent

today22/04/2026 3

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    Sexisme et Argent Divergence


Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

 

Aujourd’hui, on parle d’un sujet concret et souvent tabou : la moula, le flouz, le pognon. L’argent n’est pas seulement une question de chiffres, c’est un révélateur de hiérarchies, de contrôle et… de sexisme. Pour poser le décor, un petit quiz : sur les 52 milliardaires français répertoriés par Forbes, combien sont des femmes ? Réponse : 9 seulement. Moins de 10 %. Un chiffre qui claque et qui montre déjà comment l’argent et l’influence restent verrouillés par les hommes.

Mais ces inégalités commencent bien avant l’âge adulte. Dans les familles, l’argent de poche — censé apprendre la gestion et la responsabilité — n’est pas distribué de manière égale entre filles et garçons. Selon le baromètre Pixpay, les garçons de 16 à 18 ans reçoivent en moyenne 141 € par mois, contre 122 € pour les filles. Et ce n’est pas qu’une question de montant : 48 % des garçons de 10 à 12 ans ont de l’argent de poche, contre 40 % des filles.

Les garçons sont incités à acheter, négocier et gérer, à se confronter à la valeur des choses. Les filles, elles, reçoivent plus souvent des cadeaux ou doivent demander ce qu’elles veulent. Elles sont placées dans une posture passive, tandis que les garçons sont dans l’action. Dès l’enfance, on construit ainsi des différences de confiance, d’initiative et de capacité à gérer ses ressources — des bases qui auront un impact sur leur indépendance à l’âge adulte.

Arrivées sur le marché du travail, ces écarts se traduisent sur les salaires. En France, les femmes gagnent en moyenne 22 % de moins que les hommes. Une grande partie s’explique par le temps partiel ou les métiers moins rémunérés — souvent liés aux responsabilités domestiques et parentales. Mais le mystère persistant, c’est cet écart de 4 % inexpliqué : à poste, expérience, formation et heures équivalentes, les femmes continuent d’être moins payées. Pourquoi ? Juste parce qu’elles sont des femmes. Voilà un exemple concret de sexisme structurel.

Heureusement, des solutions existent. La transparence salariale, bientôt obligatoire en France dans le cadre de la transposition d’une directive européenne, oblige les entreprises à publier les écarts, à justifier les différences et à corriger celles qui ne sont pas fondées. Cette mesure a déjà fait ses preuves ailleurs : en Islande, en Suède ou en Allemagne, les écarts ont nettement diminué lorsqu’il y a obligation de transparence et sanctions en cas de non-respect. Une excellente nouvelle pour que le travail de chacun soit reconnu à sa juste valeur.

Une fois en couple, ces différences se complexifient. Souvent, l’argent n’est pas discuté : pas de contrat, pas de plan clair, juste un pot commun et chacun met la même somme. Ça semble équitable, mais ce n’est pas le cas. Si l’un gagne 1 500 € et l’autre 3 000 €, diviser les factures 50/50 crée une injustice financière. L’égalité n’est pas toujours équité. Comme le rappelle Héloïse Bolle, fondatrice d’Oseille et Compagnie, il faut contribuer au prorata des revenus pour que chacun garde une capacité d’épargne, puisse faire des choix et rester indépendant financièrement. Sans ça, celui ou celle qui gagne moins, souvent la femme, risque de finir le mois à découvert tandis que l’autre accumule des économies.

Et c’est là que l’on touche à une question cruciale : l’argent peut devenir un outil de domination. On pense souvent à la violence physique, mais la violence économique est bien plus fréquente et insidieuse. Elle consiste à contrôler les revenus, limiter l’accès à un emploi ou priver d’argent pour réduire l’indépendance. En France, 24 % des femmes en couple déclarent avoir subi des violences économiques, et plus d’une sur quatre n’a pas de compte bancaire personnel. Sans autonomie financière, il devient difficile de quitter une situation toxique, de prendre des décisions personnelles ou professionnelles, ou tout simplement de dire non.

C’est pour ça que comprendre l’argent, savoir le gérer et connaître ses droits, c’est reprendre la main sur sa vie. Héloïse Bolle insiste sur ce point : lorsqu’on maîtrise ses finances, on reprend le contrôle. Et cette maîtrise n’est pas une question de genre. L’idée que les femmes ne sauraient pas gérer l’argent est un stéréotype. Au contraire, elles ont tendance à être plus prudentes et plus stratèges dans leurs choix financiers. Plusieurs études montrent que leur aversion au risque leur permet de sécuriser l’épargne et d’obtenir des résultats stables sur le long terme.

L’argent n’est donc pas seulement un moyen de consommer. C’est un outil de planification, de protection et de pouvoir social. Quand les filles reçoivent moins dès l’enfance, quand les femmes gagnent moins à l’âge adulte et qu’elles épargnent moins, on crée des trajectoires de vie contraintes et des dépendances économiques durables.

Alors, que faire ? Éduquer dès l’enfance pour donner aux filles la confiance et les compétences nécessaires, instaurer des contributions équitables dans les couples, exiger la transparence au travail, et déconstruire les stéréotypes sur le genre et l’argent. Savoir gérer son argent, négocier son salaire et comprendre ses droits, ce n’est pas de l’égoïsme : c’est une manière de s’affirmer, de rester maître de ses choix et de construire sa sécurité.

 

Allez, on respire. On continue de détricoter.

 

Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 22 avril 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


La Pelote du SexismeSociété

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