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Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Aujourd’hui, on parle du temps. Pas celui qui passe tranquillement… mais celui qui juge, qui classe, qui disqualifie.

Aujourd’hui, on parle d’âgisme.

L’âgisme, c’est une discrimination fondée sur l’âge. Et contrairement à une idée reçue, il ne concerne pas seulement les personnes âgées : il traverse toute la vie. Mais, et c’est là que ça devient intéressant, il ne s’applique pas de la même manière selon qu’on est un homme ou une femme.
Parce que quand l’âgisme croise le sexisme, ça donne une trajectoire très particulière : une femme peut être jugée tour à tour trop jeune… puis trop vieille. Comme si, à aucun moment, elle n’était exactement au bon âge.

Et cette disqualification suit une logique assez implacable : elle commence avec la jeunesse, s’installe dans le monde du travail, se renforce avec les normes esthétiques… et finit par impacter jusqu’à la santé.

Chez les femmes, le problème commence souvent très tôt.
Je l’ai vécu moi-même. Au début de ma vie professionnelle, je faisais, et je fais toujours, plus jeune que mon âge. Résultat : on me prenait régulièrement pour la stagiaire. Et dans certaines réunions, même quand j’étais responsable du projet, les interlocuteurs se tournaient vers mon chef pour poser les questions.

Pas parce que j’étais moins compétente. Mais peut-être parce qu’inconsciemment, j’avais l’air moins “légitime.”

Ce vécu individuel, les recherches le confirment : les jeunes femmes sont plus souvent perçues comme moins crédibles, moins expérimentées, mais elles sont aussi vues comme un “risque”. Un risque biologique, un futur congé maternité. Ce qu’on appelle la pénalité de maternité, qui commence en réalité… avant même la maternité.
Et puis, sans transition, le regard bascule.

À partir d’environ 45 ans, plusieurs études sur le marché du travail montrent que les femmes commencent à subir fortement les préjugés liés à l’âge. Là où les hommes sont souvent perçus comme étant dans leur pic de crédibilité, les femmes, elles, sont déjà renvoyées à une forme de déclin.
Moins adaptables. Moins “dans le coup”. Moins désirables socialement.

Et ce basculement a un coût très concret. Selon la Fondation des Femmes, le croisement du sexisme et de l’âgisme représente une perte de plus de 157 000 euros sur vingt ans.
157 000 euros.

Ce n’est pas une impression. C’est une pénalité économique.

Au fond, ce qui se joue ici, c’est une idée assez violente qui est celle de la péremption.

Le corps des femmes est traité comme un produit qui aurait une date limite de valeur sociale. On le voit très clairement dans la culture populaire. Les actrices, par exemple, voient les rôles principaux se raréfier avec l’âge, là où leurs homologues masculins continuent d’incarner des personnages centraux, désirables, puissants.

C’est ce qu’on pourrait appeler le paradoxe de “l’homme argenté”.
Pourquoi les cheveux gris sont-ils perçus comme séduisants, charismatiques, presque valorisants chez un homme… alors qu’ils deviennent un problème à corriger chez une femme ?

Ce n’est pas une question de goût. C’est une norme sociale.

Le vieillissement masculin est valorisé. Le vieillissement féminin est sanctionné.

Et cette sanction passe aussi par une contrainte très concrète : la charge esthétique.

Pour rester “présentables”, “crédibles”, “employables”, les femmes doivent investir. Selon des estimations économiques, cela représente en moyenne près de 2 500 euros par an. Rien que pour les cheveux – coupes, colorations pour masquer le gris – on parle d’environ 15 000 euros sur une vie.

Autrement dit : là où certains vieillissent gratuitement… d’autres doivent payer pour rester visibles.
Et quand on ne paie plus, ou qu’on ne peut plus payer, on disparaît.
C’est ce qu’on appelle l’invisibilité sociale. Les femmes de plus de 50 ans sont largement sous-représentées dans les films, dans les publicités, dans les rôles de pouvoir symbolique.

Quand elles apparaissent, c’est souvent dans des rôles très spécifiques : la grand-mère, la malade… ou la cliente de crèmes anti-rides.
Comme si, passé un certain âge, elles n’étaient plus des sujets… mais des problèmes à traiter.

Mais le plus préoccupant, ce n’est pas seulement le monde du travail ou les normes esthétiques. C’est la santé.
Parce que cette invisibilisation existe aussi dans le champ médical.

Prenons la ménopause. Une étape qui concerne 100 % des femmes. Et pourtant, elle reste encore largement sous-étudiée et parfois minimisée dans les pratiques médicales.
Combien de femmes entendent encore : “c’est normal à votre âge” ?

Une phrase qui met fin à la discussion, sans traiter les symptômes.

Fatigue, troubles du sommeil, douleurs, impacts cognitifs : ces effets sont documentés. Mais ils ont longtemps été considérés comme secondaires. À l’inverse, la santé sexuelle masculine vieillissante a fait l’objet d’investissements massifs, de recherches, de traitements.

Ce déséquilibre n’est pas neutre. Il reflète une hiérarchie implicite : la performance masculine mérite d’être optimisée, le confort de vie des femmes peut être relativisé.

Alors détricoter l’âgisme, ce n’est pas simplement parler du temps qui passe.

Ce n’est pas le temps qui dévalorise les femmes. C’est le regard qu’on porte sur elles.

Refuser l’âgisme, c’est refuser l’idée qu’une femme aurait une date de péremption sociale. C’est reconnaître que son expérience n’est pas un capital qui s’érode, mais une ressource qui devrait prendre de la valeur.

 

Parce que vieillir n’est pas une faute de goût. C’est une preuve de vie.

 

Allez, on respire. On continue de détricoter. Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 13 mai 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


La Pelote du SexismeprochainementSociété

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