« L’Espagne est du bon côté de l’Histoire »
En martelant son « non à la guerre », le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, qui s’est attiré foudres et menaces du président américain, prend des risques commerciaux mesurés. Mais engrange des points politiques dans un pays marqué par le pacifisme.
« Notre position peut se résumer en quatre mots : non à la guerre. » Le slogan qui a marqué l’imaginaire collectif espagnol au début des années 2000 fait son retour, porté cette fois par l’un des derniers dirigeants de gauche en Europe, Pedro Sánchez. Scandée lors d’immenses manifestations à Madrid et à Barcelone en 2003 contre l’invasion américaine de l’Irak, la consigne est remise au goût du jour pour s’appliquer cette fois au conflit en Iran.
Après avoir été en première ligne en Europe face à la politique d’Israël à Gaza, l’Espagne fait de nouveau entendre sa voix et condamne sans nuance les frappes américaines et israéliennes en Iran. Le gouvernement Sánchez est allé plus loin en refusant aux États-Unis l’accès à ses deux bases militaires en Andalousie.
Mais L’inénarrable porte-parole de la Maison Blanche a semé le doute pendant quelques instants, mercredi 4 mars, assurant que l’Espagne avait finalement « accepté de coopérer » avec les forces armées américaines lors de l’opération militaire lancée contre l’Iran.
« Je pense qu’ils ont entendu haut et fort le message du président hier », a déclaré Karoline Leavitt, avant d’être quasi immédiatement démentie par le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares.
La position de l’Espagne « n’a absolument pas changé », a assuré le ministre sur la radio Cadena Ser, démentant « catégoriquement » toute intention de coopérer avec les États-Unis dans ce conflit. « D’où cela peut-il venir (ces déclarations?) Je n’en ai pas la moindre idée », a-t-il asséné, réitérant le refus espagnol de laisser les États-Unis utiliser les bases andalouses au cœur d’un traité signé entre les deux pays en 1953, quand Franco dirigeait encore l’Espagne.
Dans une allocution prononcée quelques heures plus tôt, Pedro Sanchez avait promis que son pays ne serait « pas complice » des attaques américano-israéliennes menées contre l’Iran « par peur des représailles de certains » – une référence directe au dirigeant américain, Donald Trump, irrité par son refus de laisser les États-Unis utiliser des bases en Espagne pour attaquer l’Iran.
Cette prise de parole tranchait avec le ton beaucoup plus prudent employé ces derniers jours à Paris, Londres ou Berlin, et est venue alimenter le bras de fer verbal entre le chef de gouvernement espagnol et le président américain.
Depuis plusieurs mois, Donald Trump s’en prend déjà régulièrement au dirigeant espagnol, Madrid s’étant opposé à l’augmentation de ses dépenses de défense à 5 % de son PIB, comme le veut le nouvel objectif de l’Otan.
Mardi, le locataire de la Maison Blanche a cette fois-ci vertement reproché au gouvernement espagnol de gauche de refuser à l’aviation américaine l’accès à deux bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l’Iran entamée samedi.
« L’Espagne a été terrible », a cinglé Donald Trump.
Diffusion lundi 9 mars 2026 – 10h20 / 17h05
O.Nottale