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Société

Enquête sur les MDPH

today20/02/2024 70

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    Enquête sur les MDPH Divergence


Il y a quelques jours je suis tombée sur l’histoire de Charlotte de Vilmorin, une parisienne en fauteuil roulant. Sur son blog, elle raconte ses déboires avec la MPDH, la Maison Départementale des Personnes Handicapées.

J’ai besoin d’aide 18 heures sur 24 dans ma vie quotidienne pour pouvoir vivre chez moi. […] Figurez-vous que j’ai déménagé, donc j’ai changé de département, et donc de MDPH […] qui instruit les dossiers de demande d’allocations liées au handicap. Très bien. Sauf que déjà ça fait six mois que j’ai déménagé et que j’attends qu’on régularise mon dossier. Je suis donc passée en commission, comme si en déménageant j’avais retrouvé l’usage de mes jambes en traversant le périph. […] Je me démène donc depuis des mois pour essayer de régulariser ma situation, et là ce matin miracle, je parviens à avoir quelqu’un côté payeur au téléphone qui me dit que tout va bientôt rentrer dans l’ordre et que je vais recevoir des chèques CESU.

Si comme moi vous n’avez jamais eu de salarié à domicile, vous ignorez sans doute ce que sont les chèques CESU. Et bien ce sont des coupons de 10€ avec lesquels la personne employeur, ici la personne handicapée, doit régler le salaire de ses auxiliaires à domicile. L’auxiliaire de son côté doit passer par un site internet, entrer un à un le numéro de chaque billet reçu pour espérer être payé sous quinzaine. C’est sans doute pratique pour payer quelques heures de ménage par ci par là, mais pas pour verser des salaires de plusieurs centaines d’euros.

En conclusion, Charlotte rappelle “qu’il y a une pénurie nationale d’auxiliaires de vie qui menace la survie de millions de personnes dépendantes”, et que ce serait peut-être sympa d’arrêter de compliquer inutilement la vie des personnes âgées et handicapées et de leurs aidants.

Au sein des Dévalideuses, c’est une autre Charlotte, Charlotte Puiseux, qui a vécu le parcours du combattant pendant près d’un an, simplement pour pouvoir faire renouveler ses droits. Pendant 2 mois, on lui a coupé sa Prestation de Compensation du Handicap qui lui sert à payer ses 5 auxiliaires qui se relaient auprès d’elle 24h/24. Mais la MDPH a également tenté d’imposer la transformation de toutes les heures de son conjoint, alors salarié pour elle dans son équipe d’auxiliaires depuis des années, en aidant familial. Ce qui aurait impliqué une perte de salaire de plus de moitié pour son conjoint (et donc pour le foyer). Un procédé totalement illégal que la MDPH a tenté de faire passer en toute impunité.

Ces histoires ne sont pas des cas isolés. Il en existe des centaines, peut-être des milliers.

Pourtant, quand les MPDH ont vu le jour en 2005, c’était une vraie petite révolution. Enfin un guichet unique pour accueillir, informer et accompagner les personnes handicapées et leur famille. On doit cette avancée majeure à la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

Composées de médecins, ergothérapeutes, infirmiers, psychologues, travailleurs sociaux et autres professionnels de santé, les MDPH sont des acteurs principaux dans nos vies de personnes handicapées. Elles dispensent des statuts et allocations permettant le respect de notre droit à une vie digne et autonome, comme la Reconnaissance de Qualité de Travailleur Handicapé qui doit permettre de voir son poste adapté, l’Allocation Adulte Handicapé, qui est souvent le seul revenu des personnes handicapées ne pouvant travailler, et la Prestation de Compensation du Handicap. La PCH, comme on l’appelle, finance en partie les aides techniques (comme les fauteuils roulant ou les appareils auditifs), les aménagements ou les aides humaines, que ce soit nos proches aidants ou les personnes que nous employons pour vivre au quotidien.

Mais ces guichets départementaux, censés nous simplifier la vie, sont devenus au fil des années des entités opaques et incontrôlables.

Dans leurs fonctionnements (ou plutôt dysfonctionnements), ces structures supposées nous permettre de vivre dignement peuvent nous faire vivre un enfer. Perte d’autonomie, mise en danger physique, précarisation, perte de logement, syndrome post traumatique dû au stress et à l’attente, etc

Il faut bien connaître ses droits et avoir un capital culturel et matériel suffisant pour simplement réussir à obtenir ce à quoi on a droit. La violence pour les personnes handicapées qui n’ont pas ces ressources est immense. C’est littéralement leur vie qui est en jeu.

Cette mécanique est à l’inverse de la vie digne et autonome pour laquelle nous nous battons et à laquelle la MPDH est supposée participer. Sans compter que le fonctionnement départemental de ces structures accroît certaines inégalités, comme le temps de traitement des dossiers qui peut varier de 3 à 18 mois, mais les protège aussi d’une action collective nationale.

Nous sommes persuadées que ces violences ne relèvent pas de faits divers ou d’accidents de parcours isolés. C’est pourquoi Les Dévalideuses organisent une grande enquête en ligne. En identifiant les points communs de nos expériences, nous pourrons dénoncer et agir sur ces violences structurelles.

Vous avez vécu des délais abusifs, des remises en question de vos droits, des situations de précarité, des humiliations dans vos interactions avec les MDPH ? Cela impacte votre vie, réduit votre autonomie, aggrave votre état de santé, physique ou mental, dégrade vos relations ? Témoignez et relayez cette enquête autour de vous !

Vous trouverez le lien de l’enquête sous la transcription de cette chronique et sur le site internet des Dévalideuses.

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSf5mI211z9q48UqoigOOH6PpA4qpTrwBShw0O1fgHOXg42Eaw/viewform

C’était Béatrice, pour “Viens te faire dévalider”. À la semaine prochaine.

(Crédit photo : Teresa Suarez)

 

Diffusion mercredi 21 février 2024 – 10h20 / 17h05

 

B.Pradillon


SociétéViens te faire dévalider

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