Bonjour bonjour !
Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.
Chaque semaine, on regarde comment il s’infiltre partout. Dans nos mots. Dans nos images. Dans nos réflexes. Et comment il continue de limiter, ou de dévaloriser, des personnes à cause de leur genre. Parfois frontal. Parfois très bien déguisé. Mais toujours là.
Aujourd’hui, on tire un fil qui fait beaucoup parler.
Qui crispe.
Qui divise.
On va parler du langage inclusif. On commence par une devinette.
Un père et son fils ont un grave accident de voiture et le père meurt sur le coup, le fils est transporté d’urgence à l’hôpital, le chirurgien entre au bloc et dit :
« Je ne peux pas l’opérer. C’est mon fils. »
Alors ? Vous l’avez ?
Si votre cerveau a bugué une seconde… c’est normal.
Pourquoi ? Parce que quand on entend “chirurgien”, l’image qui nous vient spontanément, c’est celle d’un homme. Souvent blanc. Souvent valide. Rarement celle d’une femme.
Et pourtant… si j’avais dit “la chirurgienne”, vous auriez compris immédiatement. Ce réflexe-là n’a rien d’anodin, il montre à quel point les mots ne se contentent pas de décrire le monde et qu’ils orientent les images mentales qu’on se crée.
Alors, le langage inclusif, c’est quoi exactement ?
Contrairement à ce qu’on croit, ce n’est pas seulement une histoire de point médian, vous savez ce petit point que de nombreuses personnes jugent illisible, c’est bien plus que ça.
Voici un exemple pour illustrer tout ça :
Fermez les yeux
Si je vous dis :
« Les musiciens arrivent sur scène », quelle image apparaît ? Normalement, un groupe majoritairement masculin.
Si je vous dis :
« Les musiciens et les musiciennes », je rends les femmes visibles…
mais la phrase s’allonge.
Si je dis :
« Le groupe de musique » ou « les artistes », j’utilise un mot épicène.
Un mot qui ne marque pas le genre.
Le langage inclusif c’est ça. Choisir des formulations qui incluent. Qui ouvrent. Qui ne posent pas le masculin comme norme par défaut. Ça passe aussi par la féminisation des métiers.
Autrice.
Agente
Professeure.
Des mots qui existent. Qui ont existé. Et qui ont parfois été effacés. Parce que non… le masculin “neutre” n’a rien de naturel.
Le fameux « le masculin l’emporte sur le féminin » n’est pas une loi de la nature. C’est une construction politique et idéologique, et dramatique ! Imaginez ce que ça produit chez les filles, les femmes d’entendre cette phrase “le masculin l’EMPORTE sur le féminin” .. on peut entendre “le masculin est MIEUX que le féminin”.
De plus et pendant longtemps, la langue française comptait des mots comme philosophesse, médecine. Ces formes ont été supprimées au XVIIᵉ siècle par des grammairiens — exclusivement des hommes — qui ont décidé que le masculin serait plus “noble”.
Bon, la bonne nouvelle, c’est que notre cerveau, lui, est souple. Plus on entend des formes inclusives, plus elles deviennent naturelles. Moins elles demandent d’effort.
Moi, par exemple, aujourd’hui, quand quelqu’un dit « Bonjour à tous », ça me fait tiquer immédiatement. Parce que mon oreille a changé. Parce que j’entends désormais
ce qui manque. Et c’est aussi pour ça que le sujet cristallise autant. Parce qu’il oblige à se regarder autrement. Au point que certains États, certaines institutions, ont choisi d’interdire l’écriture inclusive. Interdictions administratives. Circulaires. Menaces de sanctions.
Tout ça… pour des mots.
Et c’est là qu’on entend souvent cet argument-là : « Franchement, le langage inclusif, ce n’est pas la priorité. Il y a plus grave. Les violences. Les inégalités salariales. Les féminicides. » Et c’est vrai.
Face à l’urgence des violences, les mots peuvent sembler secondaires, presque anecdotiques. Mais attention à ne pas opposer les combats. Parce que le langage, ce n’est pas un détail cosmétique, c’est l’outil avec lequel on pense, on nomme, on rend visible ou invisible. Les mots ne tuent pas directement, non, mais ils fabriquent le cadre, ils dessinent ce qui est imaginable, ce qui est normal, ce qui est légitime.
Quand une langue fait disparaître les femmes, quand elle les rend secondaires, optionnelles, implicites, elle prépare le terrain. Elle installe l’idée que certaines existences comptent moins que d’autres.
Le langage, c’est ce qui permet de dire, qui a sa place, qui peut parler, qui peut être entendu. Sans mots pour se nommer, il devient beaucoup plus difficile de se penser, de se projeter, de revendiquer. Le langage inclusif ne règle pas tout, mais il fissure l’évidence. Il n’est pas “moins grave”. Il est en amont.
Parce que les mots fabriquent des représentations. Et les représentations fabriquent des possibles. Pour les enfants, notamment, entendre des métiers féminisés, ça change la projection.
Ça élargit l’horizon. Le langage inclusif enlève une couche d’invisibilisation.
Il dit : « Tu existes aussi dans la phrase. »
Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On teste. On ajuste. On accepte de tâtonner. On comprend que tout ne se joue pas au même endroit. Et surtout, on arrête de ridiculiser celles et ceux
qui essaient d’inclure… plutôt que d’exclure. Parce qu’au fond, le langage inclusif pose une question très simple :
Qui a droit d’exister dans nos mots ?
Ce n’est pas une mode. C’est un outil, parmi d’autres, pour rendre le monde un peu plus représentatif de celles et ceux qui le composent. Et comme toujours ici, on tire les fils, un par un, pour voir comment ce système s’est tricoté… et comment, ensemble, on peut commencer à le détricoter.
Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.
Diffusion mercredi 28 janvier 2026 – 10h20 / 17h05
D.Rousson