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Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler d’un objet qu’on associe encore énormément à la virilité, à la puissance et au contrôle : la voiture. Cette idée, elle m’est venue, très concrètement, lors de mes derniers trajets sur l’autoroute. Vous savez, ce moment très agaçant, voire franchement dangereux, où quelqu’un vous colle aux fesses à 130 km/h alors que la voie de gauche est totalement bloquée… avant de vous doubler avec une agressivité rare, juste pour gagner onze secondes sur son temps de parcours. Et en le regardant passer, je me suis dit : « Quand même, il y a peu d’endroits où les normes de virilité s’expriment avec autant d’arrogance… et autant de danger ».

On s’imagine qu’en 2026, conduire est devenu une activité banale et neutre. Après tout, les femmes ont le permis, voyagent, gèrent les trajets familiaux… Et pourtant, le vieux dicton « femme au volant, mort au tournant » est encore bien présent dans les têtes. Dès qu’une femme manipule un gros véhicule ou qu’elle hésite une seconde à une intersection, le doute sur sa compétence est immédiat.

Mais le vrai sujet, c’est ce que cette conduite raconte de notre société. Lors de mes Fresques du Sexisme, quand j’aborde la mobilité avec les hommes autour de la table, il y a une confidence qui revient en boucle, souvent dans un rire un peu nerveux : « Il faut qu’on ait le permis, sinon on n’est pas virils, et c’est toujours nous qui devons conduire ». Souvent, ça vient juste après, sur le ton de la blague : « Et c’est aussi nous qui devons payer le resto, haha ».

C’est fascinant, parce que ce qui ressemble à une boutade dit tout de la pression qui pèse sur les épaules des hommes. Dès l’adolescence, posséder le permis, savoir conduire loin, vite, et « maîtriser » la machine, c’est le rite de passage par excellence vers l’âge adulte masculin. La voiture devient une armure. Et cette injonction est lourde : pour beaucoup, céder le volant à sa compagne, ce n’est pas juste partager une tâche, c’est renoncer à une prérogative de chef de meute. C’est accepter de passer du statut de « pilote » à celui de « passager ».
Et ce que je leur dis à ces hommes, c’est que cette injonction, elle a un prix. C’est ce que l’historienne Lucile Peytavin appelle « le coût de la virilité ».
Regardez les chiffres : en France, environ 84 % des auteurs présumés d’accidents mortels sont des hommes. Et pour les conduites sous alcool ou stupéfiants, on monte à 93 %. Pourquoi ? Parce que la route est devenue une scène de théâtre où l’on performe la virilité. Pour prouver qu’on est un « vrai » homme, on prend des risques. On colle, on double, on ne lâche rien. La prudence, la lenteur, l’hésitation ? Tout ça est étiqueté comme « féminin » ou « faible ».

Alors, on se retrouve avec des hommes qui s’épuisent à tenir cette posture de maître de la route, au péril de leur vie et de celle des autres. C’est une performance qui coûte, en accidents, en points de permis, en assurances, et en santé mentale. C’est un système qui enferme tout le monde.

À l’inverse, regardez l’impact sur les femmes. Cette idée que la conduite serait « le domaine de Monsieur » crée une dépendance silencieuse, très insidieuse. Je connais des femmes qui ont leur permis, mais qui, par confort ou pour éviter le conflit dans le couple, laissent le volant à leur conjoint pendant des années. À force, elles perdent confiance, évitent les longs trajets, et finissent par abandonner une part cruciale de leur liberté. La voiture devient alors un outil de contrôle, une bulle où Monsieur dirige et Madame attend.
Le sexisme sur la route, ce n’est pas seulement des blagues lourdes sur les femmes au volant. C’est cette boucle fermée où l’homme s’enferme dans une posture de domination dangereuse, et où la femme finit par se mettre en retrait, perdant au passage un peu de son autonomie.

Je repense aussi souvent à cette anecdote. Avec mon compagnon, nous avions loué un van. Le propriétaire, un monsieur à la retraite, a commencé à expliquer tout le fonctionnement du véhicule à mon compagnon. Mon compagnon lui dit rapidement : « Ah, ce n’est pas moi qui vais conduire, je n’ai pas le permis. C’est elle ». Et là, le monsieur s’est littéralement décomposé. Il m’a regardée avec un doute immense et a exigé… un test de conduite. Une semaine plus tard, nous avons rendu le véhicule impeccable. Et ce monsieur m’a dit, très sincèrement : « Ah, si ma femme pouvait être aussi débrouillarde que vous ».

Cette phrase est un condensé de sexisme : l’idée que l’homme maîtrise la technique et que la femme est, au mieux, une passagère. Et quand une femme fait preuve de compétence, c’est vécu comme une anomalie, une surprise admirative devant quelque chose qui devrait être tout simplement… normal.
Quand j’entends ces hommes dire « on doit toujours conduire », je leur réponds qu’ils ont le droit de fatiguer. Ils ont le droit de ne pas être des chauffeurs. Ils ont le droit de se laisser conduire.

Parce que, au fond, être un bon conducteur, ce n’est pas celui qui impose sa loi ou qui impressionne la galerie pour paraître viril. C’est celui, ou celle, qui anticipe, qui coopère, et qui, surtout, permet à tout le monde d’arriver vivant. On ne demande pas aux hommes de renoncer à la voiture, on leur demande juste de renoncer à la performance. C’est peut-être ça, la vraie liberté au volant. Il est temps de dégonfler ce mythe : la route n’est pas un territoire à conquérir, c’est un espace à partager.

 

Allez, on respire. On continue de détricoter.

Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 24 juin 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


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