Le sociologue Alexis SPIRE chercheur au CNRS interroge sur la défiance croissante des gouvernés vis-à-vis de l’État et des politiques de protection sociale, soumises aux attaques des politiques néolibérales.
Le journaliste, chef de la rubrique Idée, Olivier DOUBRE nous aide à décrypté pour la revue Politis cet essai publié aux Presses universitaires de France article en date du mercredi 25 mars 2026.
Je le remercie pour certains de ses commentaires.
« Lors d’un récent rendez-vous à la médecine du travail, organisme censé assurer « la prévention et la santé au travail » des salariés dans les entreprises, et conquête sociale ancienne, j’ai noté, bien visible dans la salle d’attente, une affiche invitant les patients s’apprêtant à entrer en consultation avec un professionnel de santé à « rester courtois » avec celui-ci. »
De même, contactant par téléphone la Caisse nationale des allocations familiales, j’ai pu constater que l’enregistrement musical de mise en attente s’interrompait régulièrement pour laisser se dérouler un message, cette fois de mise en garde. Il enjoignait au citoyen s’adressant à cette institution publique de conserver un ton « respectueux et poli… »
Pendant ces dernières décennies le nombre de récits d’agressions verbales ou physiques à l’encontre d’élus, d’agents publics, de l’hôpital aux mairies, de l’école aux guichets de la Sécurité sociale se sont multipliés.
En 2025, le pourcentage des citoyens déclarant ne pas avoir confiance dans leur gouvernement s’élève à 76 % dans notre. Comment expliquer un chiffre aussi élevé pour la France ? Dans Légitime Défiance Alexis Spire s’interroge sur la perte de confiance de l’ensemble de la population française vis-à-vis des institutions étatiques, sans la limiter aux seuls nationaux, d’où son emploi du terme « gouvernés ».
On touche ici au cœur du propos de cet essai : cette défiance croissante n’est pas essentiellement due à un individualisme de plus en plus affirmé ou à un rejet de l’État et des institutions publiques, souvent résumés par ce que beaucoup désignent comme « la montée du populisme ». L’auteur, dans sa recherche quantitative et qualitative, s’emploie bien plus à montrer combien le ressentiment des Français vis-à-vis de l’exécutif et de ses organes, au sens le plus large possible, provient d’abord de la transformation de l’État lui-même, et d’une inégalité de traitement par ses organes, publics ou délégués, perçue par les gouvernés.
Le recul de l’intervention de l’État, de ses protections, en particulier en matière sociale, entraîne amertume et sentiment d’injustice, et donc une défiance, du fait des déceptions et des désillusions répétées qu’enregistrent les classes populaires au contact de l’administration et de la puissance publique.
Non que les Français soient moins attachés aux services publics – Sécurité sociale, assurance-vieillesse ou hôpital en tête –, mais les transformations de l’État et de ses administrations, entre restrictions budgétaires et « importation de normes managériales » dans leur organisation, ont pour conséquence d’augmenter le sentiment d’abandon des gouvernés. Ceux-ci sont alors tentés de réduire l’État à ses fonctions régaliennes : police, justice, armée, etc…
(à suivre…) Lundi 30 mars 2026 – 10h20 / 17h05
O.Nottale