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Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Aujourd’hui, on tire un fil qui court vite, qui transpire, qui tombe, qui se relève. On parle de sexisme dans le sport.

Le sport, on aime le raconter comme un espace de mérite pur, de performance brute, d’égalité parfaite sur la ligne de départ. Mais soyons honnêtes : le sport moderne a été pensé par des hommes, pour des hommes. Pierre de Coubertin, le père des Jeux Olympiques, le disait sans ciller : « Le rôle de la femme est de couronner les vainqueurs. » Rien de plus.

Voilà le décor.

Pendant des décennies, on a dit aux femmes : « ne courez pas, votre utérus va se décrocher. » Ce n’est pas une image, c’est une sentence médicale de l’époque. Derrière la pseudo-science, il y avait une volonté politique : maintenir les femmes dans la fragilité. Il a fallu des pionnières comme Alice Milliat, qui, en 1922, devant le refus des instances masculines, lance ses propres Jeux mondiaux féminins. Un succès qui a forcé les portes du stade. Mais si les portes se sont ouvertes, l’air, lui, est resté lourd. Parce que quand on nous dit aujourd’hui : « Les femmes sont moins fortes », « moins rapides », « moins spectaculaires »… Est-ce qu’on se pose vraiment la question du pourquoi ?

Repensez à ma métaphore du jardin. D’un côté, vous avez une parcelle qu’on arrose, qu’on engraine, qu’on finance avec des milliards depuis cent ans. On y a mis les meilleurs jardiniers, les outils les plus pointus, toute la lumière des projecteurs. De l’autre côté, vous avez une parcelle où on a coupé l’eau, interdit l’accès, et où on s’est moqué de ce qui essayait de pousser. Comment comparer des performances quand l’une a des siècles d’avance en termes d’entraînement, de matériel et de considération ? Un corps s’adapte à ce qu’on lui permet de faire. La puissance n’est pas qu’une question d’hormones, c’est une question d’opportunités. Le sport féminin n’est pas « moins intéressant », il a simplement été affamé.
Et ce mépris historique se traduit encore en chiffres. 0,4 %. C’est la part du sponsoring mondial qui va aux femmes. 4 %. C’est le temps d’antenne global consacré aux sportives.
Le sexisme, ce n’est pas seulement le manque de moyens, c’est aussi le regard qu’on porte sur celles qui réussissent. Dans les rédactions, pour les journalistes, c’est souvent la même zone de combat.

En 2021, Marie Portolano lançait un pavé dans la mare avec son documentaire : « Je ne suis pas une salope, je suis journaliste. » Elle y montre que pour une femme, travailler dans le sport, c’est devoir prouver sa légitimité chaque matin. C’est le collègue qui vous vole votre sujet parce que, je cite : « ça fait plus sérieux dans la bouche d’un homme ». C’est la compétence d’un homme qui est un acquis, quand celle d’une femme reste une hypothèse à confirmer.

Et quand la caméra daigne enfin s’arrêter sur les athlètes, c’est trop souvent pour surveiller leur corps. C’est le « Male Gaze ». On leur demande d’être performantes, mais surtout désirables. On se souvient de la gymnaste Sarah Voss, qui a dû se battre pour porter une combinaison intégrale. Juste pour reprendre le contrôle sur son image.

Mais le fil le plus sombre de cette pelote, c’est celui de l’emprise. Le sport est un milieu ultra-hiérarchisé. Fermé. Propice à l’omerta. 55 % des sportives déclarent avoir subi du harcèlement ou des abus. C’est le baiser forcé de Luis Rubiales. C’est le « long silence » de la patineuse Sarah Abitbol. Ces témoignages ne sont pas des faits divers. Ils sont les symptômes d’un système.

Alors, malgré les discours sur la parité, on regarde qui décide vraiment, qui gère les budgets, qui entraîne l’élite ? Majoritairement des hommes. Pourtant, des solutions existent. Des villes, comme Lyon, imposent désormais des budgets sensibles au genre.

Même dotation. Même reconnaissance. Même exigence.

Parce que le muscle n’a pas de genre. Le talent n’a pas de sexe. Et la passion du sport ne dépend pas d’un chromosome. Le sport peut être un espace d’émancipation, mais seulement si on accepte de détricoter ce qui l’étouffe.

Alors on continue, on tire les fils, un par un, pour comprendre comment ce système s’est tricoté… et comment, ensemble, on va finir par le détricoter.

Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 11 février 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


La Pelote du SexismeprochainementSociété

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