Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.
Aujourd’hui, j’ai envie de tirer un fil un peu particulier pour mettre nos réflexions en perspective. Depuis le début de cette émission, on parle de sexisme, mais il est essentiel de rappeler que ce sexisme n’est pas un bloc monolithique. Il n’est pas vécu de la même manière par une femme blanche ou noire, riche ou pauvre etc. Alors, j’aimerais qu’on s’arrête sur le vécu des femmes en situation de handicap.
Cela me permet d’introduire la notion d’intersectionnalité. Ce n’est pas un gros mot de sociologue, c’est simplement une manière de dire que nos identités sont faites de plusieurs couches. Pour une femme handicapée, le sexisme et le handicap ne s’additionnent pas simplement, ils s’entremêlent pour créer une forme d’oppression spécifique.
Regardons les chiffres, car ils racontent une réalité brutale. On estime que 80 % des femmes en situation de handicap sont victimes de violences. C’est un chiffre qui donne le vertige. Elles sont quatre fois plus exposées aux violences sexuelles que les femmes valides. Pourquoi ? Parce que la société projette sur elles une image de vulnérabilité et de dépendance qui, malheureusement, attire les agresseurs, mais aussi parce qu’on a tendance à les déposséder de leur propre corps.
Cette dépossession commence par une méconnaissance profonde de ce qu’est le handicap. On ne sait pas, alors on imagine, on fantasme, et on finit par infantiliser. Une femme handicapée, dans l’imaginaire collectif, devient souvent un « éternel enfant ». On témoigne souvent de cette scène humiliante : dans un cabinet médical ou à la banque, on s’adresse à l’accompagnateur plutôt qu’à la femme elle-même. On lui dénie son autorité, sa capacité à décider.
Cette infantilisation atteint son paroxysme sur la question de la maternité. Quand une femme en situation de handicap exprime son désir d’enfant, elle ne reçoit pas de félicitations, mais souvent des mises en garde, voire des jugements d’irresponsabilité. La militante et psychologue Charlotte Puiseux raconte très bien ce combat pour être reconnue comme un sujet de désir, et non comme un objet de soins. On lui demande : « Mais comment vas-tu faire ? », comme si le handicap annulait magiquement la compétence parentale.
Cela crée ce qu’on appelle un « bug du care ». Notre société attend des femmes qu’elles soient « naturellement » des soignantes, des piliers pour les autres. Quand une femme a elle-même besoin de soins, elle sort de ce rôle. Ce « care inversé » dérange tellement qu’on finit par ne plus la voir comme une femme, mais comme un objet de soins. J’avais d’ailleurs été horrifiée de lire qu’à l’annonce d’un cancer ou d’une maladie grave, les femmes ont six fois plus de risque que les hommes de se séparer de leur conjoint. Selon certaines études, la moitié des femmes touchées par un cancer du sein sera quittée dans les mois qui suivent.
Mais le validisme, ce système qui hiérarchise les corps selon leur « performance », ne s’arrête pas là. Il englobe aussi une autre réalité très présente : la grossophobie. Et c’est important de le dire : la grossophobie est une branche du validisme. On a décrété qu’il y avait une norme esthétique et fonctionnelle, et que tout corps qui s’en éloigne est « défaillant ».
Pourtant, le mot « gros » n’est qu’un adjectif factuel, comme « grand » ou « brun ». Mais la société en a fait un stigmate. J’ai été profondément touchée par le témoignage de la DJ Barbara Butch. Elle raconte avec une force incroyable le mépris qu’elle subit, mais aussi l’absence totale d’adaptation des services publics : des sièges trop étroits, des équipements médicaux inadaptés. Et quand elle s’exprime, la violence des commentaires est inouïe. On la rend responsable de son corps : « T’as qu’à faire du sport », « C’est ta faute ».
C’est ce manque d’empathie qui me choque. On oublie que personne n’est gros par pur « choix » de subir une telle stigmatisation. C’est la génétique, c’est la santé, c’est l’histoire de chacun. Dire qu’on se « goinfre » par plaisir est une insulte à la complexité biologique et humaine.
Pourquoi notre société est-elle si cruelle avec la différence ? Pourquoi opprime-t-on les corps gros, les corps malades, les esprits atypiques ou pathologisés ? Sans doute parce qu’ils nous rappellent notre propre vulnérabilité, ce que nous ne pouvons pas contrôler par la seule force de la volonté. On punit ceux qui ne rentrent pas dans le moule de la « productivité » et de l’esthétique standard ».
Détricoter ce fil aujourd’hui, c’est accepter que chaque corps est légitime. Que la dignité ne se mesure pas à la fonctionnalité d’un membre ou à la taille d’un vêtement. Il est temps de changer de regard, non pas par charité, mais par exigence de justice.
Alors on continue de tirer les fils, pour que demain, aucune femme ne soit plus invisible au carrefour de ses identités.
Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.
Diffusion mercredi 8 avril 2026 – 10h20 / 17h05
D.Rousson