La Pelote du Sexisme

La pelote du sexisme – Sexisme et Psychologie

today16/02/2026 1

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Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Chaque semaine, on tire un nouveau fil de la pelote et aujourd’hui, je vous emmène du côté de la psychologie, de la psychiatrie, et de la manière dont le sexisme agit, très concrètement, sur notre santé mentale. Alors c’est parti, on s’allonge sur le divan — et plutôt sur le mien, d’ailleurs. (…)

Quand j’ai commencé à réfléchir à cette chronique, la première image qui m’est venue, ce n’est pas un concept, ni une statistique. C’est ma propre histoire. Et plus précisément, une séance chez ma psy, il y a environ deux ans.

Je lui racontais une situation vécue comme une profonde injustice au sein de ma famille. Elle m’a écoutée, elle a attendu que je vide mon sac, puis elle m’a posé une question toute simple : « Diane, est-ce que tu penses que si tu avais été un homme, on t’aurait traitée ou écoutée différemment ? » (…)

C’est là que j’ai eu mon déclic. Une vraie prise de conscience. Parce que la réponse m’a sauté aux yeux : oui, franchement, ça aurait été différent. J’ai un grand frère, à situation égale, traitement différent, c’est certain.

D’un coup, ce n’était plus « juste moi » qui était le problème et je prenais conscience que je faisais partie d’un système, et que jusque dans mon inconscient, le patriarcat avait pris ses quartiers. C’est ce qu’on appelle la psychologie du genre. (!)

L’idée, ce n’est pas de dire que tout est politique. On ne pousse pas la porte d’un psy uniquement parce qu’on est une femme ; on y va pour un deuil, une rupture, pour se trouver. Mais la psychologie du genre nous apprend à « dézoomer ». Elle nous montre que nos motifs de consultation sont souvent teintés par notre place dans la société : la surcharge mentale qui nous épuise, les complexes sur le corps qu’on nous a martelés, ou encore les conséquences de violences qu’on a fini par normaliser. (…)

Pour alimenter cette prise de conscience et ajouter une autre couche, j’ai lu cet hiver un livre-documentaire qui m’a hantée : Mon vrai nom est Élisabeth, d’Adèle Yon. Elle y raconte le destin de son arrière-grand-mère qui a été internée et de fait brisée, il n’y a pas si longtemps, car ça se joue au milieu du XXe siècle. Ce qui est terrifiant dans son ouvrage, c’est de voir qui décide de son sort : son mari, son père, son frère, son médecin. Que des hommes. (…) Un conseil de famille masculin qui décide qu’une femme qui ne rentre pas dans le cadre est une femme à soigner… ou à faire taire.

Parce que oui, à l’époque, la médecine servait de sécateur. On utilisait la lobotomie pour couper tout ce qui dépassait. Et le chiffre est là : entre 1930 et 1990, 84 % des personnes lobotomisées étaient des femmes. On « soignait » leur résistance pour les rendre dociles. (…)

C’est la même mécanique qui a inventé l’hystérie. Si vous regardez le film A Dangerous Method, on y voit Sabina Spielrein, une femme d’un génie fou, traitée pour « hystérie » parce que ses désirs et son intelligence ne rentraient pas dans le corset de l’époque. Ou encore Le Bal des folles. À la Salpêtrière, le Dr Charcot exhibait ces femmes devant le Tout-Paris. Mais dans l’ombre, le personnel médical disposait d’elles. Les attouchements, les viols… le corps de la femme « folle » était devenu un territoire en libre-service. (…)
Aujourd’hui, on ne lobotomise plus, certes. Mais le biais est resté. On psychiatrise encore la colère féminine. Et surtout, on la calme chimiquement. (!)
C’est un fait : en France, les femmes consomment deux fois plus de psychotropes que les hommes. Deux fois plus d’antidépresseurs et d’anxiolytiques. Pourquoi ? Parce qu’il est souvent plus facile pour le système de prescrire une pilule à une femme que de changer ses conditions de vie, de réduire sa précarité ou de stopper les violences qu’elle subit. On traite le symptôme pour qu’elle continue de fonctionner, sans jamais toucher à la cause.

Et pourtant… (!) ce système est un piège pour tout le monde.

Parce qu’il y a aussi ce paradoxe terrible chez les hommes. Ils consultent beaucoup moins, parce que dans la grammaire du patriarcat, la psychologie rime avec « faiblesse ». Un homme, ça doit être un roc. Résultat ? Les hommes se suicident trois fois plus que les femmes. À force de leur interdire d’être vulnérables, le système finit par les tuer eux aussi. (…)

Alors, comment on s’en sort ?

C’est là qu’intervient ce qu’on appelle le féminisme thérapeutique. C’est un outil de guérison hyper puissant. Au lieu de vous dire, comme on le fait trop souvent : « Vous manquez de confiance en vous », on commence par vous dire : « Vous vivez dans un monde qui vous a appris à douter de vous. » (…) Ce simple glissement sémantique change tout. Il déplace le poids.

Tirer ce fil de la pelote, c’est comprendre que nos maux ne sont pas toujours des failles de fabrication. Parfois, ce sont des réponses parfaitement saines à un monde qui ne l’est pas du tout.

Se dire que ce n’est pas « notre faute », ce n’est pas se victimiser. C’est au contraire reprendre les clés de la maison. C’est comprendre que pour aller mieux, il faut parfois arrêter de vouloir se « soigner » seule… et commencer à changer le décor.

Allez, on respire un grand coup et on continue. On tire les fils, un par un, pour comprendre comment ce système s’est tricoté… et comment, ensemble, on va finir par le détricoter.

 

Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 18 février 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


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