share close

Bonjour bonjour !

Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Aujourd’hui, on s’attaque à un mot qui fait parfois plus peur que le mot « patriarcat » lui-même. Un mot qu’on entend partout, mais dont beaucoup de gens, y compris ceux qui en partagent toutes les valeurs, refusent encore de se réclamer.

Ce mot, c’est le féminisme.

Et je commence par une anecdote, parce qu’elle résume tout. Il y a quelques années, en interview avec une chercheuse, elle m’a posé une question toute simple : « Physiquement, comment décririez-vous une féministe ? » Et bêtement, instinctivement, l’image qui m’est venue, c’était une femme avec du poil aux jambes, pas maquillée, en pancarte. Une caricature. Et pourtant, moi qui me définis comme féministe depuis longtemps, j’ai mis une fraction de seconde avant de réaliser à quel point cette image était absurde, alors qu’une féministe peut tout aussi bien porter des talons, faire du rugby, rester au foyer ou diriger une entreprise. Le féminisme n’a pas de dress code.

En revanche, il a une histoire. Le terme apparaît en France à la fin du XIXe siècle, popularisé par la militante Hubertine Auclert. Mais le combat est plus ancien encore. On le fait souvent démarrer avec Olympe de Gouges, qui publie en 1791 sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, en réponse directe à une Révolution française qui avait proclamé l’égalité sans y inclure les femmes. Elle sera guillotinée deux ans plus tard.

Depuis, on raconte souvent cette histoire en quatre vagues. La première, à cheval entre le XIXe et le XXe siècle, se bat pour les droits fondamentaux : voter, étudier, posséder un patrimoine. La deuxième, dans les années 1960 et 1970, s’attaque aux mécanismes plus invisibles, dans le couple, au travail, dans le contrôle du corps des femmes : c’est l’époque de Simone de Beauvoir et du Deuxième Sexe, de Gisèle Halimi et du procès de Bobigny en 1972, qui accélérera la dépénalisation de l’avortement. La troisième vague, dans les années 1990, rappelle que toutes les femmes ne vivent pas les mêmes réalités selon leur origine ou leur milieu social. Et la quatrième, la nôtre, portée par les réseaux sociaux, s’organise autour de #MeToo, du consentement, et de l’intersectionnalité.

À l’intérieur de cette histoire, plusieurs courants coexistent, et c’est ce qui rend le mot plus complexe qu’il n’y paraît. Le féminisme libéral cherche à faire progresser l’égalité à l’intérieur des institutions existantes. Le féminisme matérialiste s’intéresse au partage du travail et aux rapports économiques, notamment ce travail domestique gratuit qui repose encore très largement sur les femmes. Le féminisme radical considère que les inégalités prennent racine dans le système patriarcal lui-même, et qu’il faut le déconstruire entièrement. Et le féminisme intersectionnel rappelle que le sexisme se combine parfois avec d’autres discriminations, comme le racisme ou la précarité. Ces courants ne sont pas toujours d’accord entre eux sur la stratégie, mais ils partagent le même constat de départ : les inégalités ne relèvent pas de situations individuelles isolées, elles sont le produit d’une organisation sociale.
Et ces combats dépassent largement nos frontières. Au Chili et en Argentine, des mobilisations massives ont fait basculer des lois entières sur le droit à l’avortement. En Iran, le mouvement « Femme, vie, liberté », né après la mort de Mahsa Amini en 2022, continue de porter des femmes au péril de leur liberté. Les priorités changent selon les pays, l’accès à l’école, la lutte contre les mariages forcés, les écarts de salaire, mais partout, une même idée demeure : les femmes doivent disposer des mêmes droits et des mêmes libertés que les hommes.

Alors pourquoi, malgré cette histoire si riche, tant de personnes continuent de fuir le mot ?

Parce que le féminisme dérange. Il ne demande pas seulement de la bienveillance, il demande de remettre en question des avantages, des habitudes, des réflexes. Les inégalités, elles, sont toujours là. Selon le Global Gender Gap Report du Forum économique mondial, au rythme actuel des progrès, il faudrait encore plus de 130 pour atteindre l’égalité complète entre les femmes et les hommes dans le monde. Le féminisme n’est pas un combat d’arrière-garde. C’est une réponse à des inégalités encore parfaitement actuelles.
De mon côté, je peux vous dire une chose simple : le féminisme a changé ma vie. Pas en m’apprenant à détester les hommes, mais en m’apprenant à regarder le monde autrement. Avant, certaines situations me semblaient juste « comme ça ». Aujourd’hui, j’en vois les mécanismes. Je remarque qui prend la parole, qui l’interrompt, qui s’excuse avant de donner son avis. Un peu comme l’écologie change le regard et nos modes de vie, le féminisme m’a offert une nouvelle paire de lunettes. Et une fois qu’on a vu certains mécanismes, il devient très difficile de faire comme si on ne les voyait plus.

Le jour où le féminisme ne sera plus nécessaire sera probablement le jour où plus personne ne trouvera utile d’en parler. Si on continue à le faire aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’on aime les conflits. C’est parce que les inégalités, elles, n’ont pas encore disparu.

 

Allez, on respire. On continue de détricoter.

Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 7 octobre 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


La Pelote du SexismeprochainementSociété

Rate it