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Bonjour bonjour !

Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.
Chaque semaine, on regarde comment le sexisme s’infiltre partout : dans nos mots, dans nos habitudes, dans nos institutions… Et aujourd’hui, dans nos oreilles.

Parce qu’aujourd’hui, on parle de musique.

On l’écoute en voiture, sous la douche, en faisant le ménage, en soirée ou dans les transports. Elle accompagne nos journées, nos ruptures, nos fêtes, nos souvenirs. Bref, elle est partout. Et justement parce qu’elle est partout, on oublie parfois qu’elle façonne aussi notre manière de voir le monde.

Cette chronique m’est venue grâce à une collègue qui travaille elle aussi sur les questions d’inclusion. Après une soirée karaoké pour son anniversaire, elle racontait avoir été frappée par une chose : lorsqu’on prend enfin le temps d’écouter et lire les paroles des grands classiques que tout le monde chante à tue-tête, on découvre parfois des histoires de viol, de féminicide présenté comme une preuve d’amour, de relations avec des mineures, de violences conjugales ou d’inceste. Et pourtant, on connaît ces chansons par cœur, sans l’avoir réellement réalisé.

Ce n’est pas une raison pour jeter tous nos CD ou vider nos playlists. Mais c’est un bon rappel : la musique ne fait pas que refléter notre société, elle participe aussi à construire nos imaginaires. Lorsqu’un même scénario est répété des centaines de fois, il finit par sembler normal.
Et ces imaginaires passent aussi par les images.

Pendant des décennies, dans certains styles de musique comme le rap, le R&B ou même la pop, les femmes ont souvent occupé un rôle très particulier : elles dansent, séduisent, sourient, montrent leur corps, pendant que les hommes racontent l’histoire. Même lorsqu’une femme est invitée sur un featuring, il arrive encore qu’elle soit celle que la caméra sexualise, tandis que son homologue masculin reste habillé … lui.

Évidemment, les choses évoluent. Certaines artistes revendiquent aujourd’hui cette mise en scène de leur corps comme une forme d’émancipation et de réappropriation. Et c’est précisément là que le sujet devient intéressant.

Parce que la question n’est pas de savoir si une femme a le droit d’être sexy. Bien sûr qu’elle l’a.
La vraie question est de comprendre pourquoi cette sexualisation reste si souvent un passage obligé pour exister dans certaines industries musicales. Est-ce un choix pleinement libre ? Une stratégie marketing ? Une manière de reprendre le contrôle de son image ? Une adaptation aux attentes du marché ? Sans doute un peu de tout cela.
En revanche, une chose est certaine : on ne pose presque jamais cette question aux hommes.
Et ce décalage ne s’arrête pas aux clips.

Dans les médias, une chanteuse sera volontiers interrogée sur sa tenue, son poids, son âge, son couple, sa maternité ou son apparence. Un chanteur, lui, sera beaucoup plus souvent interrogé sur son album, ses influences musicales ou son processus de création. Les femmes continuent donc d’être davantage évaluées sur ce qu’elles représentent que sur ce qu’elles produisent. Elles doivent être talentueuses mais accessibles, ambitieuses mais pas arrogantes, séduisantes mais pas « trop », engagées mais sans déranger. Des injonctions qui se contredisent souvent et dont il est pratiquement impossible de sortir gagnante.
Et lorsque l’on regarde derrière les projecteurs, ces déséquilibres deviennent encore plus visibles.
Selon le Centre national de la musique, seuls 30 % des titres les plus écoutés en France sont interprétés principalement par des femmes. Sur les plateformes de streaming, les artistes féminines représentent moins d’un cinquième des morceaux les plus écoutés. Et derrière les consoles, l’écart est encore plus spectaculaire : une étude de l’USC Annenberg portant sur plusieurs centaines de tubes internationaux montrait qu’on comptait environ une productrice pour trente-huit producteurs, et que plus d’une chanson sur deux n’avait aucune femme parmi les auteurs ou les compositeurs.
Autrement dit, pendant très longtemps, les hommes ne tenaient pas seulement les micros. Ils tenaient aussi les studios, les maisons de disques, les budgets, les contrats et, bien souvent, les carrières.

Ce déséquilibre explique aussi pourquoi l’industrie musicale n’a pas échappé aux révélations de #MusicToo. Sans entrer dans les détails des nombreuses affaires qui ont émergé ces dernières années, elles rappellent une réalité que l’on retrouve dans beaucoup d’autres secteurs : lorsqu’un milieu concentre beaucoup de pouvoir, de précarité et de dépendance, les violences sexistes et sexuelles trouvent malheureusement un terrain favorable.
Mais il serait injuste de s’arrêter là, parce que quelque chose est en train de changer.
Les plateformes de streaming, les réseaux sociaux et les outils de production accessibles permettent aujourd’hui à de nombreuses artistes de produire elles-mêmes leur musique, de créer leur image et de reprendre la main sur leur carrière. Là où les labels décidaient autrefois presque de tout, certaines chanteuses deviennent désormais leurs propres productrices, réalisatrices ou entrepreneuses.

Et ce changement s’observe aussi dans les collaborations.

J’écoutais récemment une interview de la chanteuse Suzane, qui expliquait qu’en France, les featurings entre femmes restaient finalement assez rares. Comme si l’industrie avait longtemps entretenu l’idée qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule femme à la fois sous les projecteurs. Une logique de concurrence que l’on retrouve dans beaucoup d’autres domaines et qui nourrit davantage la rivalité que la sororité.

Là encore, les lignes commencent heureusement à bouger. Des artistes comme Marguerite, Solann, Yoa, Pomme ou encore Zaho de Sagazan participent à renouveler les représentations, tandis que les chiffres progressent lentement. Selon le Centre national de la musique, les femmes représentaient près de 29 % des têtes d’affiche des festivals en 2023, contre seulement 14 % quatre ans plus tôt. Ce n’est pas encore la parité, mais c’est une évolution encourageante.
Alors détricoter le sexisme dans la musique, ce n’est pas arrêter d’écouter les chansons qu’on aime. C’est apprendre à écouter avec un peu plus de recul. À entendre les paroles, à regarder les images, à se demander qui produit, qui décide, qui écrit et qui bénéficie réellement de cette industrie.
Parce que la musique raconte toujours quelque chose de notre époque.
Pendant longtemps, elle a accompagné certains stéréotypes. Aujourd’hui, elle peut aussi contribuer à les faire évoluer.

 

Allez, on respire. On continue de détricoter.
Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 9 septembre 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


La Pelote du SexismeprochainementSociété

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