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Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Aujourd’hui, on va parler d’un sujet qui nous concerne tous, parce qu’on adore tous rire : l’humour. Mais derrière les projecteurs des comedy clubs, il y a une réalité un peu moins drôle. On nous présente souvent la scène comme un espace de liberté absolue, mais c’est en fait un lieu de pouvoir très codé. Vous avez sûrement déjà entendu ce cliché poussiéreux : « Les femmes sont moins drôles que les hommes ». Comme si le sens de la répartie était une option biologique réservée aux détenteurs d’un chromosome Y.

Pourtant, si on creuse, on comprend que l’humour a longtemps été perçu à travers un prisme bien particulier :

Vous venez de l’entendre, Lisa Delmoitiez touche du doigt un point crucial : l’humour comme outil de sélection sexuelle. Pendant longtemps, des pseudos intellectuels ont théorisé que l’homme doit être drôle pour séduire et montrer son intelligence, alors que la femme doit être spectatrice pour valider ce talent par son rire.
En clair : l’homme performe, la femme apprécie. Du coup, quand une femme prend le micro, elle casse le scénario : elle ne valide plus, elle chasse sur le terrain des hommes. C’est ce qui crée le « complexe de la vanne » : pour certains hommes, une femme plus drôle qu’eux n’est pas juste une artiste talentueuse, c’est une menace directe pour leur ego.
Et cette résistance se traduit de façon très concrète par la politique des quotas invisibles. On retrouve Lisa Delmoitiez sur ce vécu :

Dans cette anecdote, Lisa n’était pas une artiste avec son univers, elle était « la femme de la soirée ». La case à cocher pour ne pas avoir un plateau 100 % masculin. Quand on est si peu nombreuses, on n’est plus une individu, on est un échantillon.

Cette pression d’être « la représentante de son sexe » se ressent jusque dans les sujets abordés. On enferme souvent les femmes dans ce qu’on appelle l’humour « rose » ou domestique. On adore quand des artistes comme Marine Leonardi ou Blandine Lehout nous parlent de leur vie de mère ou de charge mentale. Elles le font avec un talent fou et c’est nécessaire ! Mais le système a tendance à les y coincer.

La société accepte qu’une femme soit drôle tant qu’elle reste dans son rôle social. Un homme peut parler d’astrophysique ou de géopolitique et être considéré comme « universel » ; mais une femme qui parle d’autre chose que de son utérus ou de son couple est souvent perçue comme « particulière », voire « illégitime ».
Pourtant, la vraie ligne de fracture en humour, elle est ailleurs. C’est la règle du « Punching Up » vs « Punching Down ».

Le Punching Down, c’est l’humour paresseux : on frappe vers le bas, on se moque des minorités et des opprimés.

Le Punching Up, c’est le grand art : on s’attaque au système, aux privilèges et au patriarcat.

Le sexisme, c’est souvent reprocher aux femmes de « ne pas avoir d’humour » simplement parce qu’elles refusent de rire de leur propre oppression. Et quand elles décident de frapper fort, elles se heurtent au double standard de la vulgarité. Un homme qui parle de son corps de manière crue sera vu comme « punk » ou « vrai ». Une femme qui fait la même chose sera jugée « vulgaire » ou « gênante ». On accepte qu’elles soient drôles, mais on veut surtout qu’elles restent « mignonnes ».

Et si ce n’était qu’une question de blagues… mais il y a l’envers du décor. Le milieu de l’humour est un vestiaire qui commence à peine à se fissurer avec le #MeTooStandUp. Entre les remarques paternalistes et les violences sexistes, monter sur scène est parfois un acte de courage physique. Même une icône comme Anne Roumanoff dénonce encore aujourd’hui la condescendance de certains collègues. Après 35 ans de carrière, subir encore des regards qui disent « pas mal pour une fille », c’est l’épuisement du talent face au mépris structurel.
Alors, comment on s’en sort ? Comme le dit Laurent Sciamma dans le podcast Les Couilles sur la table, il est temps de sortir de l’humour oppressif. Faire rire aux dépens des plus fragiles, c’est facile. Faire rire en déconstruisant les systèmes, c’est ça le vrai défi. Et la bonne nouvelle, c’est que plein d’artistes y arrivent merveilleusement : Marina Rollman, Louis Cattelat, Lou Trotignon et tant d’autres.

Détricoter l’humour, ce n’est pas arrêter de rire, c’est apprendre à rire plus intelligemment. C’est rendre aux femmes leur propre micro, leur propre vulgarité si elles le souhaitent, et surtout, leur propre prénom.

On finit sur une note positive ? Si le rire des femmes fait peur à certains, c’est sans doute parce qu’il est l’un de nos meilleurs outils de libération.

Allez, on respire. On continue de détricoter.

 

Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 18 mars 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


La Pelote du SexismeprochainementSociété

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