La Pelote du Sexisme

Le mansplanning et manterrupting

today10/03/2026 2

Arrière-plan
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Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Aujourd’hui, on va parler d’un sport national. Un sport qui ne nécessite ni stade ni baskets, mais juste une conversation. On va parler de la place que l’on prend — et surtout de celle qu’on nous laisse quand on ouvre la bouche. On va tirer les fils du Mansplaining et du Manterrupting. (…)

Alors, commençons par les présentations, car mettre des mots sur des mécanismes, c’est déjà commencer à les briser. Le Manterrupting, c’est le fait pour un homme de couper la parole à une femme de manière systématique, souvent sans même s’en rendre compte. Le Mansplaining, c’est ce moment « merveilleux » où un homme explique à une femme quelque chose qu’elle sait déjà. Et le petit plus, c’est qu’il le fait souvent avec un ton paternaliste, alors qu’elle est parfois plus experte que lui sur le sujet.

On l’a toutes vécu. Vous êtes en réunion, ou même à un dîner, vous commencez une phrase, et là, un homme vous coupe pour « préciser » votre pensée, ou pire, pour vous expliquer les bases de votre propre métier. (…)

Pourquoi se permettent-ils ça ? Ce n’est pas forcément une volonté consciente d’être désagréable, c’est plus profond : c’est une présomption d’incompétence. Dans l’inconscient collectif, la parole masculine semble plus « valable », plus « solide ». Expliquer, c’est dominer. Et pour certains, il est impensable qu’une femme puisse maîtriser un sujet complexe sans avoir besoin d’un petit « éclairage » masculin.

C’est là qu’on croise un phénomène fascinant de la psychologie sociale : l’effet Dunning-Kruger. Pour faire simple, c’est quand moins on en sait sur un sujet, plus on est persuadé d’être un expert. Et quand vous combinez ce biais au sexisme ambiant, ça donne des situations lunaires : des hommes qui expliquent à des chercheuses leurs propres découvertes, ou des hommes qui expliquent les mécanismes de l’accouchement à des femmes qui ont déjà trois enfants. C’est un mélange de déni d’empathie et d’absence totale de considération pour l’expérience réelle de l’autre.

Mais attention, si vous osez faire remarquer qu’on vous coupe la parole, le piège se referme. On vous répondra souvent : « Oh, ça va, tu parles tout le temps ! ». Et c’est là que le biais de perception est incroyable. Des études de linguistique ont montré que si, dans un groupe mixte, les femmes parlent 30 % du temps, les hommes présents ont l’impression qu’elles ont monopolisé la parole. En réalité, si on sort le chronomètre, les hommes parlent presque deux fois plus que les femmes. Notre parole fait « bruit », elle est perçue comme un surplus, alors que la parole masculine est perçue comme la norme, le silence par défaut. (…)

D’où vient ce décalage ? Il vient de loin, il vient de l’école. Dès la cour de récréation, on encourage les garçons à prendre l’espace, à s’affirmer, à avoir une opinion sur tout. Aux filles, on apprend la tempérance, l’écoute et surtout à ne pas déranger. On éduque les uns à l’assurance — parfois infondée — et les autres à l’hésitation. Résultat : à l’âge adulte, l’homme prend la parole comme un droit, la femme comme une faveur.

Et ce n’est pas juste une question de politesse, c’est un véritable plafond de verre sonore. En entreprise, celui qui parle est celui qu’on voit, et celui qu’on voit est celui qu’on promeut. Si votre parole est systématiquement interrompue, ignorée ou reformulée par un collègue, c’est votre légitimité et votre autorité qui s’évaporent devant vos pairs.
Le stade ultime, c’est le Bropriating. Imaginez : vous émettez une idée, personne ne relève. Deux minutes plus tard, un homme répète exactement la même chose, et là, tout le monde crie au génie. C’est le vol de propriété intellectuelle en temps réel.

Alors, comment on détricote ça ? Messieurs, la prochaine fois que vous sentez l’envie irrépressible d’expliquer la vie à une collègue ou à votre amie, posez-vous juste deux questions :

Est-ce qu’elle me l’a demandé ?

Est-ce que je suis vraiment la personne la plus qualifiée ici pour parler ?

Et pour nous, il y a une technique géniale : l’amplification. Si une collègue propose une idée et qu’elle est ignorée ou coupée, reprenez son idée en disant : « Comme vient de le dire Julie… » et rendez-lui la parole. C’est ça, la sororité en action : faire caisse de résonance pour que plus aucune voix ne soit étouffée.

Confisquer la parole, c’est confisquer le pouvoir. Alors reprenons nos phrases, finissons nos explications et surtout, occupons l’espace sonore.

Allez, on respire et on continue de détricoter.

 

Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 11 mars 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


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