La Pelote du Sexisme

Sexisme et science – L’effet Matilda

today02/03/2026 2

Arrière-plan
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Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.

Aujourd’hui, on s’attaque à un domaine que l’on croit souvent neutre, pur, au-dessus des passions humaines : la science.

Ok, on démarre : La structure de l’ADN. La découverte des pulsars. La composition des étoiles. Le premier programme informatique. Qu’est-ce que toutes ces découvertes majeures ont en commun ? (…) Elles ont toutes été trouvées par des femmes. Et non, contrairement aux clichés, les femmes n’ont pas seulement « pensé » au lave-vaisselle. Elles ont aussi sculpté notre compréhension de l’univers.

Pourtant, quand on regarde les chiffres officiels, le tableau change radicalement : depuis la création des Prix Nobel en 1901, moins de 4 % des récompenses scientifiques ont été attribuées à des femmes. (…)

Ce décalage n’est pas un hasard. C’est le signal d’alarme d’un système qui a longtemps fermé ses portes aux filles, par les stéréotypes d’abord, puis par un mécanisme d’effacement ensuite, qu’on appelle l’Effet Matilda.

On imagine souvent les labos comme des lieux d’objectivité totale. Pourtant, dès qu’on gratte un peu, on découvre que la science est un miroir de notre société. Et ce miroir est sacrément déformant. (…)

Pourquoi a-t-on encore tant de mal à imaginer une femme derrière une équation complexe ? (…) Dans l’esprit collectif, les sciences dures — la physique, les maths — semblent être un territoire réservé aux hommes. En France, les femmes ne représentent qu’environ 33 % des chercheurs. Dans l’informatique, on tombe même sous la barre des 15 %.
Alors quoi ? C’est une question de gènes ? De cerveau ? (…) Pas du tout. C’est une question de conditionnement.
Écoutez bien cette étude, elle est capitale : on a donné le même exercice à deux groupes d’élèves : on leur demande de reproduire une figure complexe.
Au premier groupe, on dit : « C’est un test de géométrie ». Les garçons réussissent très bien, les filles décrochent.
Au deuxième groupe, on donne exactement le même exercice, mais on dit : « C’est un test de dessin ». Et là… changement de décor. Les filles obtiennent des résultats supérieurs aux garçons. (…)

C’est ça, le poids des stéréotypes. On colle l’étiquette « science » sur une tâche, et on active instantanément un mécanisme d’autocensure.
Et ce phénomène produit ce que les sociologues appellent « le tuyau percé ». Imaginez une canalisation : au début, à l’école, les filles sont là, elles sont brillantes, elles sont majoritaires. Mais plus on avance dans les études et la carrière, plus il y a de fuites. Les stéréotypes, le manque de modèles, l’organisation des labos pensée par et pour les hommes… tout ça crée des trous dans le tuyau. Résultat : à l’arrivée, aux postes de direction ou sur les estrades des Nobel, il ne reste presque plus personne. Le talent des femmes s’est évaporé en route.
Et même si elles bravent ces barrières et qu’elles arrivent au bout, le système s’arrange parfois pour les invisibiliser.

C’est ici qu’intervient l’Effet Matilda, théorisé par l’historienne Margaret Rossiter. Elle a voulu rendre hommage à Matilda Joslyn Gage, une militante qui, dès le XIXe siècle, avait remarqué un truc dingue : dans l’histoire des sciences, on ne se contente pas d’oublier les femmes, on réattribue systématiquement leurs découvertes à leurs collègues ou à leurs maris.
Même Marie Curie a failli en être victime. En 1903, le comité Nobel voulait récompenser la radioactivité en l’oubliant au profit de son mari Pierre. Il a fallu que celui-ci insiste pour qu’elle soit incluse. D’autres n’ont pas eu cette chance, comme Rosalind Franklin, dont les travaux sur l’ADN ont été utilisés à son insu par Watson et Crick. Ils ont raflé le Nobel sans même la citer.

On réduit trop souvent ces femmes à des « petites mains ». C’est un peu l’analogie de la secrétaire : dans les publications, on les relègue parfois aux « remerciements », comme si elles avaient simplement assisté le mouvement, alors qu’elles ont co-conçu, voire trouvé la découverte. Pourquoi ? Parce que notre récit a besoin du mythe du « génie masculin solitaire ». On veut des héros uniques, des Einstein, des Newton.

C’est pour ça qu’il est crucial de nommer. Quand la presse écrit : « Une femme a découvert un nouveau traitement », on ne cite personne, simplement une catégorie biologique. En donnant son nom propre, on lui rend son autorité. Nommer, c’est reconnaître. Tirer ce fil de la pelote, c’est réaliser qu’il est temps de réparer ce tuyau percé, de réhabiliter ces découvertes, mais surtout de transformer nos schémas de pensée. La science n’est pas une question de genre, c’est une question de cerveau. Et les femmes y ont toujours pris leur part.
Rendre leurs noms aux Matilda de l’histoire, ce n’est pas une faveur qu’on leur fait. C’est une exigence de vérité pour que les chercheuses de demain sachent qu’elles ne sont pas des invitées, mais des héritières légitimes.

Alors on continue. On tire les fils, un par un, pour comprendre comment ce système s’est tricoté… et comment, ensemble, on va finir par le détricoter.

 

Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.

 

Diffusion mercredi 4 mars 2026 – 10h20 / 17h05

 

D.Rousson


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