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Sexisme et Histoire Divergence
Bonjour bonjour ! Je suis Diane, et vous écoutez La pelote du sexisme, la chronique qui détricote le sexisme… fil par fil.
Chaque semaine, on tire un nouveau fil de la pelote et aujourd’hui, on plonge dans le passé. On va se demander : qui écrit l’histoire ? Et surtout… pour qui a-t-on gardé une place dans le récit de l’humanité ? (…)
Allez, je vous mets au défi. Je vous laisse quelques secondes, là, maintenant, pour me citer 3 noms de femmes historiquement célèbres.
Alors ? Est-ce que vous avez dit Jeanne d’Arc, Marie Curie ou Cléopâtre ? (…) C’est normal. Elles font partie des rares visages qu’on nous propose. Dans nos manuels scolaires, la part des femmes citées dépasse rarement les 5 %. (…) La dernière fois que ‘ai ouvert un dictionnaire des noms propres : plus de 80 % étaient des hommes. Derrière ces quelques rescapées, il y a un désert de connaissances. Et ce n’est pas parce que les femmes n’existaient pas, mais parce qu’on a subi un immense processus d’invisibilisation.
C’est ce que démontre la journaliste et essayiste Titiou Lecoq dans son ouvrage Les Grandes Oubliées. Elle prouve que les femmes ont toujours été là, avec des postes à responsabilité. Au Moyen Âge par exemple, elles dirigeaient des ateliers, des commerces, et même des abbayes qui étaient de véritables centres de pouvoir politique et financier. On découvre aussi dans son livre le destin de Brunehaut, reine wisigothe qui a régné plus de 30 ans sur les royaumes francs, une diplomate hors pair… et pourtant, peu de gens la connaissance.
Mais alors, pourquoi est-ce grave de les avoir oubliées ?
Parce que l’histoire est un récit qui sert de fondation à notre réalité. Quand on efface les femmes du passé, on légitime leur absence des sommets d’aujourd’hui. C’est ce qu’on appelle la naturalisation de l’exclusion. Si vous ne voyez aucune femme souveraine ou stratège dans vos livres, vous finissez par croire que le pouvoir est « naturellement » masculin. (…)
On a même été jusqu’à nier la biologie pour que ça colle à nos stéréotypes. Prenez la Préhistoire. Pendant un siècle, si un squelette avait des « gros os », on déduisait que c’était un homme. Sauf qu’aujourd’hui, l’ADN nous dit le contraire : à l’époque, les femmes avaient des musculatures et des ossatures quasi identiques à celles des hommes, comme eux, elles portaient elles chassaient et portaient des charges lourdes. Un tiers des chasseurs de gros gibier étaient des femmes d’ailleurs. (…) On a projeté notre vision de la femme « fragile » sur des guerrières d’il y a 20 000 ans.
C’est la même mécanique qui a déformé l’image de Cléopâtre. Dans l’imaginaire collectif, c’est une séductrice. Mais comme le rappelle le récit documentaire de Philippe Collin sur France Inter, c’était avant tout une cheffe d’État polyglotte et une diplomate émérite. Si on ne se rappelle que de ses amants, c’est parce que son histoire a été écrite par ses ennemis, par des hommes, pour masquer la peur qu’elle leur inspirait. En faire une « exception » romantique, c’est une manière de dire aux femmes : « Vous pouvez réussir, mais par la séduction, pas par la compétence politique. »
Ce grand effacement s’est accéléré au XIXe siècle, au moment où l’histoire devient une science officielle écrite par des hommes. C’est l’époque du Code Napoléon (1804), qui fait de la femme une mineure à vie. Pour que cette loi paraisse « normale », il a fallu « nettoyer » le passé, masculiniser les noms de métiers et transformer les dirigeantes en « muses » ou en « épouses de ».
Et cette invisibilisation, elle continue aujourd’hui sous nos yeux. Regardez nos rues : en France, seulement 6 % des noms de rues sont des noms de femmes. Et quand une femme fait une découverte majeure, combien de fois lit-on dans les journaux : « Une femme a découvert… » sans citer son nom ? Nommer, c’est reconnaître. Tant qu’on ne donne pas de noms, on maintient ces femmes dans l’anonymat d’une catégorie.
Tirer ce fil de la pelote, c’est comprendre que notre matrimoine culturel est une arme. Il faut arrêter de présenter chaque femme qui réussit comme une « pionnière » ou comme « la première à ». En réalité, elle est souvent la dixième, mais on a effacé les neuf précédentes.
Se réapproprier notre histoire, c’est arrêter d’être des éternelles débutantes pour devenir des héritières. Regarder l’histoire en face, c’est redonner aux petites filles un passé pour qu’elles puissent enfin s’imaginer un futur.
Alors on continue. On tire les fils, un par un, pour comprendre comment ce système s’est tricoté… et comment, ensemble, on va finir par le détricoter.
Parce que La pelote du sexisme… n’est pas prête d’être vide.
Diffusion mercredi 25 février 2026 – 10h20 / 17h05
D.Rousson