Araponga
L’héritage africain dans la musique brésilienne
5 mai 2005 20h, rediff. 9 mai 9h30
jeudi 5 mai 2005, par Marta
Le Candombl, religion afro-brsilienne, a exerc une trs forte influence sur la musique brsilienne, non seulement au niveau rythmique mais aussi par les textes et des expressions qui font souvent rfrence au Candombl.
Le Candombl est un culte apport par les esclaves. Il a survcu au Brsil, surtout Bahia grce l’astuce du syncrtisme, qui consistait faire correspondre les divinits du Candombl, les Orixas, aux Saints catholiques. Le Candombl s’est diversifi dans le territoire brsilien grce aux diffrentes origines africaines des esclaves. Les Bantos (Angola, Congo, Gabon, Zare et Mozambique) les Nags et Yorubas (Nigeria, Bnin). Le Candombl existe dans d’autres rgions du Brsil avec d’autres noms, comme il existe aussi aux Antilles o il est connu comme Vaudou. A Rio, le mlange du Candombl avec le Spiritisme franais a donn naissance un culte particulier qui est la Umbanda.
Les rituels du Candombl sont accompagns par la musique, comme toute crmonie en Afrique. On utilise surtout des tambours et des percussions comme le Agg, et cette musique, les batuques, accompagnent les chants qui sont jusqu’ aujourd’hui entonns dans la langue d’origine. Un autre grand hritage africain est bien sr la capoeira, forme de lutte, de danse, d’art martial, de philosophie de vie, qui a normment contribu la varit rythmique de la musique brsilienne avec notamment l’apport du berimbau, instrument qui reste trs rustique mais qui a une rythmique trs forte et trs contagieuse.
L’influence africaine est trs forte dans la cuisine brsilienne. Le lait de coco, l’huile de palme, le piment malagueta, le haricot noir, et les plats comme le vatap, le caruru, le mungunz, le acaraj. De l’Afrique vient aussi la manire de cuisiner trs releve, l’utilisation de la cuillre en bois et des ustensiles en terre. En mlangeant des ingrdients de la cuisine africaine avec la cuisine portugaise et celle des indignes, on a cr la cuisine brsilienne. On trouve souvent des rfrences la cuisine afro-brsilienne dans la musique brsilienne, notamment dans les chansons de Dorival Caymmi.
Mais l’hritage africain le plus fort au Brsil est bien sr prsent dans la musique et dans la danse. On y trouve un nombre important de danses apportes par les esclaves : Le batuque, qui dsigne aussi une danse, mais aussi le carimb, le bambel, la samba de roda, le jongo, le caxambu, la umbigada (danse du nombril). Ces danses sont souvent encore pratiques au Brsil. Une quantit importante d’instruments sont aussi d’origine africaine. En plus du berimbau et du agg, le atabaque, le marimba, le timbau, le caxixi, le ganza. Au niveau de la musique c’est dans la samba, o l’apport a t le plus important.
Dans les chansons qui voquent les racines africaines, les termes utiliss montrent que, en plus des coutumes et des croyances, les peuples africains ont bien sr ramen au Brsil leurs langues et que ces langues comme le Yoruba par exemple, sont encore utilises, plus de 100 ans aprs la fin de l’esclavage, surtout dans les rituels du Candombl. Mais aussi, dans le lexique de la langue portugaise brsilienne, plusieurs termes africains et expressions existent : cachaa, moleque, caula, cachimbo, fuzu, ax, abad, sarav.
Mme disperss dans le territoire brsilien, en fonction des cycles conomiques qu’on a connu au Brsil et qui ont exploit la main d’uvre esclave (la canne sucre, le coton, l’or, le caf), les africains ont russi prserver une partie de leur culture et la transmettre. Cette culture a permis de conserver une partie de leur identit et de rsister l’esclavage. Les exemples de rsistance sont nombreux travers les quilombos et les quilombolas dont le plus connu est le quilombo de palmares, dirig par Zumbi, qui est devenu aujourd’hui un vrai mythe. Un quilombo tait une cit, une institution politique, dfendue par des guerriers, qui abritaient les esclaves fugitifs.
Le mtissage de la socit brsilienne et le mlange culturel ont toujours t dans le centre d’intrt de plusieurs artistes. Un bon exemple de ce mlange culturel se trouve dans le rpertoire de l’interprte Clara Nunes. Elle a enregistr toutes sortes de genres musicaux comme la congada, la ciranda et la samba aussi. Malgr sa courte carrire, Clara Nunes a beaucoup contribu mettre en valeur l’univers afro-brsilien. Clara tait trs attache cette culture et a t un des premiers artistes brsiliens partir en Afrique (en 71) en qute des racines africaines ; avant les mouvements afro-bahianais, avant que Gilberto Gil, Martinho da Vila et d’autres entment le mme parcours. Mais la musique brsilienne a plusieurs autres exemples d’artistes trs proches des racines africaines, comme Clementina de Jesus, Dona Yvone Lara, Joo da Baiana, les groupes afro bahianais et Virginia Rodrigues.
Bien sr, on ne peut pas parler des racines africaines au Brsil sans parler de Bahia ; c’est l, sans aucun doute qu’elles sont les plus fortes et qu’elles ont t mieux prserves. Pour quelle raison ? Le nombre de descendants d’esclaves a t plus grand et l’hritage africain plus important ; grce aussi au Candombl qui est rest trs proche de l’Afrique et grce au syncrtisme religieux galement. Mais il existe une explication plus anecdotique. En fait, quand le continent sud amricain s’est spar du continent africain et que l’ocan Atlantique s’est form, cette sparation a failli se faire au niveau des terres l’intrieur de Bahia (rift du Recncavo). On peut donc dire que Bahia aurait pu tre en Afrique aujourd’hui. Les liens sont donc effectivement trs profonds.
C’est Bahia que se sont organiss les principaux mouvements afro-brsiliens ( Il Ay, Araketu, Filhos de Gandhi), les premiers groupes de musique afro-brsilienne ( Olodum, Il Ay), les premiers afoxs (groupes carnavalesques) qui ont, par leur persistance, russi imposer leur prsence au carnaval de Bahia. Carnaval dont ils sont aujourd’hui le vrai symbole.
Le mtissage est la base de la socit brsilienne. Notre dmocratie raciale laisse encore beaucoup dsirer mais elle est unique dans le sens o elle a russi prserver la diversit culturelle, et la musique brsilienne est le meilleur exemple de cette diversit.
Playlist
| Interprte | Titre | Album | Anne | Label | Dure |
|---|---|---|---|---|---|
| Virginia Rodrigues | Canto pra Exu | Nos | 2000 | Natasha Records | 1’21 |
| Clara Nunes | Canto das trs raas | Canto das 3 raas | 1976 | Emi Odeon | 4’27 |
| Monica Salmaso & Nana Vasconcelos | Conto de escravos | Tranpolim | 1998 | Pau Brasil | 1’57 |
| Dona Yvone Lara | Axe de Yanga | Esquina carioca | 1999 | Dabliu discos | 4’14 |
| Clara Nunes & Clementina de Jesus | Embala eu | Canto das 3 raas | 1976 | Emi Odeon | 3’05 |
| Maria Bethania | Yorubahia | 100 anos de musica | 2001 | BMG | 3’43 |
| Carmina Juarez | Ponto de Oxum | Arrasta a sandalia | 1996 | Dabliu discos | 3’06 |
| Marcelo Viana | Benguel | Teu nome Pixinguinha | 2002 | Biscoito fino | 4’13 |
| Clara Nunes | A deusa dos Orixs | Claridade | 1975 | Odeon | 3’31 |
| Marcelo Viana | Ya | Teu nome Pixinguinha | 2002 | Biscoito fino | 3’35 |
| Virginia Rodrigues | Mal Debal | Nos | 2000 | Natasha Records | 3’28 |
| Gal Costa | Bahia minha preta | 100 anos de musica | 2001 | BMG | 4’04 |
| Geronimo | E de Oxum | Villagio caf 10 ans | 2003 | Lua discos | 6’07 |
| Toni Garrido | Manh de carnaval | Orfeu | 1999 | Emi | 1’47 |

