Gloire au 17e (Montéhus, 1907, 1936)

Sous les chansons l histoire / musique / 12/03/2019

Le samedi 2 février, l’acte XII des Gilets Jaunes était dédié aux « gueules cassées » des manifestations. En se comparant aux défigurés de la Première Guerre mondiale, les manifestants ont voulu rendre hommage aux blessés récurrents et ainsi dénoncer les violences policières. En effet, les blessés se dénombrent par milliers, dont plusieurs centaines de blessés graves. On ne compte plus les mains arrachées, les visages éborgnés, les citoyens tabassés. On ne compte plus les bavures policières, les lanceurs de balles de défense pointés sur les visages, les arrestations abusives, parfois préventives. On ne compte plus le mépris, la rage, la haine des membres des forces de l’ordre, ces chiens de garde du pouvoir qui défendent bec et ongle les privilèges de ceux qui nous dirigent et qui nous exploitent.

En fait, si, comptons-les, donnons des chiffres précis car ceux-ci font froid dans le dos : plus de 2000 blessés, 1 décès, 5 mains arrachées, 148 blessés à la tête dont 20 éborgnés, 17 blessés par des grenades de dispersion, 146 blessés par des tirs de flashball. En France. Au XXIe siècle. Froid dans le dos, je vous dis. Tant et si bien que la France est brocardée par l’ONU qui demande une enquête pour usage excessif de la force… Pourtant, les flics sont des travailleurs qui n’ont que leur force de travail pour subsister et défendre ceux qui les exploitent est forcément une absurdité. Policiers, certes, mais citoyen, peuple avant tout ! Les Gilets Jaunes qui manifestent le font aussi dans l’intérêt des policiers qui les répriment. On se prend alors à espérer, à imaginer des policiers refusant d’obéir aux ordres, posant les armes à terre et fraternisant avec le peuple. Impossible, dira-t-on… Et pourtant, cela s’est déjà produit. Il y a longtemps, certes, mais cela s’est déjà produit. C’était le 20 juin 1907, à Agde, et Montéhus en fit une chanson qui le rendit célèbre.

Nous sommes alors en pleine révolte des vignerons du Midi. Le 9 juin, on dénombre 700 000 manifestants à Montpellier. Le Midi est au bord de la sécession. Évidemment, le gouvernement envoit l’armée pour réprimer le soulèvement malgré des manifestations pacifiques. Le 20 juin, à Narbonne, sur ordre de Clemenceau, les soldats tirent sur la foule. Cinq morts, 33 blessés. Apprenant la nouvelle, 500 soldats du 17e régiment d’infanterie de ligne, situés à Agde, se mutinent et prennent la direction de Béziers. A leur arrivée, ils sont chaleureusement accueillis et s’installent sur les allées Paul Riquet, fraternisant avec la population. C’est une défiance directe envers le chef des armées. Mais par l’ampleur du mouvement et la négociation, les mutins ne sont pas sanctionnés pénalement. Encore une fois, l’union fait la force ! C’est à ces soldats mutins, refusant de réprimer leurs frères citoyens en voyant leur révolte légitime, que Montéhus rend hommage par ces mots :

« Légitime était votre colère, le refus était un grand devoir. On ne doit pas tuer ses père et mère pour les grands qui sont au pouvoir. Soldats, votre conscience est nette : on ne se tue pas entre Français. Refusant d’rougir vos baïonnettes, petits soldats, oui vous avez bien fait ! ».

Gloire au 17e, gloire à tous les mutins !



Diffusion mardi 12 mars 2019 - 10h40 / 17h40


C.Pereira