On lâche rien (HK et les Saltimbanks, 2011)

Sous les chansons l histoire / musique / 06/11/2018

Du Chant des Partisans par les Motivés à Bella Ciao, en passant par Antisocial de Trust ou encore des classiques comme l’International, certains morceaux sont des incontournables des playlists en manifestation. Mais depuis quelques années, une petite dernière a trouvé sa place tout naturellement. D’ailleurs, si vous l’entendez dans la rue, c’est qu’une manif doit passer pas loin de chez vous ! Il s’agit d’ On Lâche Rien du groupe HK et les Saltimbanks.

De fait, tous les ingrédients sont réunis pour en faire un hymne fédérateur de la contestation sociale. Premièrement, les paroles. HK parle à tout le monde, des habitants de cité HLM aux ruraux de la campagne, il évoque les travailleurs, les prolétaires, les immigrés, les sans papiers, bref, il parle à ceux d’en bas qui forment la grande majorité de la population. Il aborde également les sentiments d’injustice et l’hypocrisie d’une société qui exploite les plus démunis : « Ils nous parlaient d’égalité et comme des cons, on les a crus. Démocratie ? Fais-moi marrer ! [...]Que pèse notre bulletin de vote face à la loi du marché ». HK sait parler à tous et faire l’unité, appelant à braver le désespoir inhérent à la situation de chacun pour surtout ne rien lâcher : « Chers camarades, chers électeurs, chers citoyens consommateurs. Le réveil a sonné, il est l’heure. […] Tant qu’y a d’la vie y a du combat, tant qu’on se bat, c’est qu’on est debout, tant qu’on est debout, on lâchera pas ! ».

La chanson d’HK et les Saltimbanks est le produit d’une génération. Le chanteur, Kaddour Hadadi, né dans les années soixante-dix, a grandi en banlieue de Lille. Dans une des régions de France les plus impactées par le chômage et les fermetures d’usine mais, aussi, une région où les nombreuses vagues d’immigration ont fait vivre ensemble de nombreuses cultures différentes. Avec son revers, la montée du FN. Encore un combat du groupe contre le racisme et l’intolérance. Le morceau, composé en 2010, est également issu d’un contexte particulier, celui de la crise économique de 2008. Cette dernière impacte profondément les classes modestes, auxquelles le gouvernement impose, avec tout le mépris possible, de se serrer la ceinture tout en assouplissant le droit du travail et la fiscalité en faveur du Medef et des grandes entreprises. Ce mépris de classe, HK l’évoque dans une interview : « On était en pleine période Sarkozy. Il se pavanait en disant des trucs comme ‘quand y a une grève aujourd’hui en France, plus personne ne s’en aperçoit’. Rien que pour une phrase pareil, franchement, on se doit d’y faire un maximum de bruit ! »

Le styles de ces Saltimbanks est, en soi, un hymne au métissage et au vivre-ensemble. Accordéon, oud, darbouka, guitare électrique, rythmes de reggae, de jazz manouche, c’est du Bob, du Django, on pense à Zebda, à Java et à son rap-musette. De toute façon, de n’importe quelle culture, de n’importe quelle origine, ce qui compte, c’est l’union des exploités qui doivent faire face à leurs exploiteurs. Et quitte à le faire, autant que ce soit, comme le dit HK, dans la joie et la bonne humeur. Alors, on lâche rien, walou !



Diffusion mardi 6 novembre 2018 - 10h40 / 17h40


C.Pereira