Meat is murder (The Smiths, 1985)

Sous les chansons l histoire / musique / 09/10/2018

En 1985, les Smiths publient leur deuxième album intitulé Meat is murder ». La pochette de l’album, nous montre un soldat durant la guerre du Viet Nam. Sur son casque est écrit « Meat is murder » alors que dans la photo originale est inscrit « Make love not war ». La chanson éponyme, prônant le végétarisme, est on ne peut plus explicite :

« Les gémissements des génisses pourraient être des pleurs d’humain. Le couteau hurlant se rapproche. Cette magnifique créature doit mourir. […] Et une mort sans raison est un meurtre. »

« Le veau que tu découpes avec un sourire, c’est un meurtre. […] Ce n’est ni naturel, normal ou quoi que ce soit. […] La viande dans ta bouche, alors que tu savoures le goût du meurtre ! »

Écrire une chanson à ce sujet en 1985 semble assez précurseur à des oreilles plus contemporaines tant le débat paraît récent, notamment en France où la pratique demeure minoritaire. En effet, on peut tout d’abord voir, dans la pratique du végétarisme un fait culturel ou religieux, comme cela peut être le cas en Inde où près de 30 % de la population est végétarienne, soit plus de 300 millions de personnes !

Le végétarisme peut également être une conviction personnelle, notamment dans sa dimension éthique et non-violente et cette pratique n’est pas nouvelle. Si le terme apparaît au XIXe siècle, ce mode d’alimentation est évoqué dès l’Antiquité avec Pythagore ou Ovide. On évoque, plus tard, des philosophes comme Voltaire, mais également des personnalités comme le peintre Rubens, le géographe anarchiste Elysée Reclus, l’écrivain Tolstoï ou encore le physicien Albert Einstein.

Si question de l’exploitation animale et de la violence de l’abatage des animaux est centrale, le végétarisme peut se poser également comme une affirmation politique de lutte pour l’écologie. Au Moyen-Âge, la consommation de viande demeurait faible, voire rare en raison de son coût, ce n’est plus le cas à l’époque contemporaine. La production industrielle de masse de la viande provoque de graves conséquences sur l’environnement.

Ainsi, ce bétail, il faut le nourrir pour l’engraisser. 78 % des terres agricoles sont consacrées à cette activité. De même qu’environ 8 kg de protéines végétales sont nécessaires pour faire un kilogramme de protéine animale. Cette production animale requiert d’immenses dépenses en énergie fossile et en gaz à effet de serre, soit 18 % du total de l’émission de ces gaz par les activités humaines selon la FAO. Enfin, à titre d’exemple, il faut 13 500 litres d’eau pour produire 1kg de viande de bœuf quand il n’en faut que 590 litres pour produire 1kg de blé.

Si les Smiths, en 1985, abordent essentiellement la question éthique de la souffrance animale, nous voyons bien que la consommation de viande est un enjeu écologique et politique crucial pour l’avenir de l’humanité. Meat is Murder fut, de fait, le premier album rock à prôner la cause végétarienne. Numéro 1 des ventes au Royaume-Uni, Morissey et son groupe on certainement ainsi contribué à sensibiliser une plus large audience à la cause animale. Dans cette lignée, les actions remarquables de l’association L214 sur les conditions d’élevage et d’abatage témoignent de cette prise de conscience actuelle.


Diffusion mardi 9 octobre 2018 - 10h40 / 17h40


C.Pereira