Ballata per l’anarchico Pinelli (Gruppo Z, 1973)

Sous les chansons l histoire / musique / 06/04/2018

Le dimanche 4 mars 2018, 46 millions d’Italiens étaient appelés à voter pour leurs députés et leurs sénateurs. Avec près de 18 % pour la Ligue et environ 32 % pour le Mouvement 5 Etoiles, c’est un raz-de-marée pour la droite et l’extrême-droite qui ne peut que nous faire frémir. Déjà, les années de plomb avaient fait des centaines de victimes dont l’anarchiste Guiseppe Pinelli en 1969.

Pinelli était un militant chevronné. Alors qu’il n’a que 14 ans, il rejoint la Résistance dans les Brigades Bruzzi Malatesta, formation de partisans anarchistes. Devenu cheminot, il milite au sein du cercle anarchiste Pont Ghisolfa. C’est un homme engagé dans un contexte particulier, celui des sanglantes années de plomb. Le 12 décembre 1969, dans le centre de Milan, une bombe explose sur la Piazza Fontana faisant 16 morts et 88 blessés. L’extrême-gauche est immédiatement accusée. Le lendemain, la police arrête 84 anarchistes dont Pinelli. Celui-ci est alors interrogé au commissariat. Le 15 décembre, il chute de la fenêtre du quatrième étage et meurt. Selon la version officielle, il s’agit d’un suicide mais pour une bonne partie de l’opinion, c’est en réalité un assassinat politique réalisé par la police. La polémique enfle…

En effet, cette période est caractérisée par une série d’attentats particulièrement violents et meurtriers ainsi que par une répression féroce des militants de l’extrême-gauche italienne, communistes et anarchistes. De fait, nombre de ces attentats ont été mis sur le dos de ces militants pour pouvoir ainsi les emprisonner et empêcher toute sorte de militantisme de gauche alors qu’en réalité, une bonne part de ces attentats ont été réalisés par l’extrême-droite avec le soutien de l’État. C’est ce qu’on appelle la « stratégie de la tension ». Il s’agissait, pour les groupes fascistes, de crée un climat de violence pour forcer le gouvernement à proclamer l’état d’urgence et favoriser l’émergence d’un régime autoritaire. Si on creuse encore plus, on retrouve le réseau Gladio, structure crée à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, dirigée par le ministre de l’Intérieur, Mario Scella et dont le but est de lutter contre le parti communiste italien. Il s’agissait en fait d’une cellule clandestine de l’OTAN, placée directement sous l’égide de la CIA américaine et du MI6 britannique. Et l’on repense ainsi un peu différemment à la Piazza Fontana…

Il est désormais avéré, tant sur le plan historique que juridique, que de nombreux attentats ont été perpétrés par l’extrême-droite. C’est le cas de la Piazza Fontana. C’est également le cas de celui de Brescia, en 1974, faisant 8 morts et 102 blessés. Celui de l’Italicus Express, 12 morts et 44 blessés. Celui de la gare de Bologne, en 1980, 85 morts et plus de 200 blessés. Tuer pour accuser l’extrême-gauche, une spécialité des groupes néofascistes italiens dans une période sombre où la mort de Pinelli marque en quelque sorte également le début de la lutte armée pour l’extrême-gauche. Le soir de ses funérailles, trois jeunes anarchistes de Mantoue, Barozzi, Lazzarini et Zavanella, ont composés « La ballade de l’anarchiste Pinelli », proposée ici dans une version de 1973 issue d’un album s’intitulant Canti Anarchici Italiani, publié par un mystérieux Gruppo Z. Et cette phrase magnifique : « L’anarchie, ça ne veut pas dire les bombes mais l’égalité dans la liberté ».


Diffusion vendredi 6 avril 2018 - 10h40 / 17h40


C.Pereira