Sans la nommer (Georges Moustaki, 1969)

Sous les chansons l histoire / musique / 09/02/2018

« Je voudrais, sans la nommer, vous parler d’elle
Comme d’une bien aimée, d’une infidèle,
Une fille bien vivante qui se réveille
A des lendemains qui chantent
Sous le soleil. »

En 1969, Moustaki nous chante cet hymne à la révolution permanente. Mai 68 a laissé la place au Général de Gaulle, bien que plus pour longtemps. Les fleurs des hippies sentent tout d’un coup plus fort : comme si leurs douces fragrances soudain se libéraient avant de faner.

C’est marrant, quand même… En cette même année, l’homme pose le pied sur la Lune et on plane, on s’envoie en l’air à Woodstock ou, comme le chantait Ferrat, avec sa môme dans un meublé de banlieue….

Incroyable génie de l’être humain !

Le 16 janvier, Jan Palach, étudiant tchèque, s’immole par le feu sur la place Venceslas, à Prague, pour protester contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS en 68.

Franco se la coule douce en Espagne. Au Portugal de Salazar, on réforme la si efficace police politique pour la rendre plus efficace encore. En France, la SFIO devient le Parti Socialiste. Et un an après ce joli mois de mai, l’Union nationale interuniversitaire, l’UNI, syndicat étudiant d’extrême-droite, est crée.

Le militant d’extrême-gauche Pierre Goldmann est accusé d’avoir participé au braquage d’une pharmacie à Paris, ainsi que du meurtre des deux pharmaciennes. L’ambiance est tendue : il est soutenu par Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Simone Signoret ou Maxime le Forestier.

« C’est elle que l’on matraque, que l’on poursuit, que l’on traque, c’est elle qui se soulève, qui souffre et se met en grève, c’est elle qu’on emprisonne, qu’on trahit, qu’on abandonne, qui nous donne envie de vivre, qui donne envie de la suivre jusqu’au bout ».

Cette chanson de Georges Moustaki est une chanson du présent, en ce sens qu’elle rend hommage aux luttes passées tout en donnant du courage et et de l’espoir pour les luttes futures.

Quand on écoute ce texte court et efficace, émouvant, un hymne à l’indignation, à la justice entre les hommes, on pense à ceux qui ont lutté :

Les Républicains espagnols, aux ouvriers de chez Lip, aux communards de Paris, aux résistants des FTP-MOI et au groupe Missak Manouchian...

On pense au Che, à Louise Michel, à nos frères maghrébins jetés dans la Seine, aux femmes trop souvent sous le joug des hommes, aux métallos et aux mineurs, on pense à Victor Jara, aux indiens du Chiapas, aux mouvements de libération des peuples africains colonisés... On pense à Rosa Parks.
On pense aux enfants qui meurent sans avoir eu le temps de vivre comme des enfants...
On pense au désespoir des réfugiés apeurés cherchant refuge dans ce beau pays des Droits de l’Homme et reçus dans le mépris et la haine par nos dirigeants et une bonne partie de la population...
On pense aux flics qui matraquent et gazent des jeunes manifestants préoccupés par leur avenir et par l’envie d’un monde plus beau...

On pense aux journalistes emprisonnés, traqués, bâillonnés…

On pense à la Turquie sur laquelle l’ombre du fascisme s’installe sans réaction des puissances européennes.

On pense à Pablo Neruda qui disait : « Ils peuvent empêcher les fleurs de pousser, ils n’empêcheront jamais le printemps d’arriver... »

« Je voudrais, sans la nommer, vous parler d’elle.
Bien aimée ou mal aimée, elle est fidèle, et si vous voulez que je vous la présente, on l’appelle Révolution permanente ».




Diffusion vendredi 9février 2018 - 17h40


C.Pereira