J’aime mon pays (Sexy Sushi, 2013)

Sous les chansons l'histoire / musique / 17/02/2017

Avertissement aux auditeurs. La chanson choisie aujourd’hui pour notre chronique risque de vous surprendre par rapport aux chroniques précédentes. Mais nous l’avons souvent dit, la musique est le reflet des secousses que traverse une société, de ses humeurs, de ses émotions. Ainsi, en 2013, un groupe nommé Sexy Sushi sort un morceau intitulé « J’aime mon pays » sur leur double album « Vous n’allez pas repartir les mains vides ? ». Un nouveau chant patriotique ? Hummm… Pas vraiment…
Déjà, Sexy Sushi est un groupe un peu mystérieux composé de Rebeka Warrior et Mitch Silver. Oui, rassurez-vous, ce sont des pseudonymes. Ces deux là se sont rencontrés en 2001 et proposent une musique assez particulière basée sur une électronique simpliste et des paroles assez trashes et glauques, dans un style qualifié d’électroclash. Ce n’est pas sans nous rappeler des influences new-wave directement issues des années 80 accompagnées d’un esprit punk bien présent, notamment lors de leur performances en live. Il y a aussi un coté m’en foutiste pas loin de les rendre cultes, au final. Oui, c’est particulier. Mais ça défoule et ça fait du bien !
Dans « J’aime mon pays », le groupe enchaîne de façon cynique et désabusée les clichés :
« J‘aime la chasse, et mes copains bourrés, j’aime surtout la représentation du christ. […]
« J’aime que les femmes n’avortent pas, j’aime que les pédés soient punis.  […]
« J’aime les valeurs, j’aime les principes, j’aime en secret tripoter mon fils. […]
« J’aime mon pays, comment peux-tu en douter ? J’aime aussi le seigneur car il pardonnera mes pêchés. »
Le groupe stigmatise les familles de droite voire d’extrême-droite catholique qui, sous couvert de morale catholique, n’en ont pas moins des comportements immoraux. Le groupe se donne un air de pince sans-rire, sans espoir, comme si dénoncer ne servait à rien, ça fait longtemps que ça dure et rien ne change. Les gens sont toujours aussi inhumains. C’est dans cette idée d’un futur absent qu’on retrouve une certaine vision punk chez le groupe.
Nous sommes en 2013. Un an après la victoire de François Hollande aux présidentielles, le mariage homosexuel est adopté en avril. Mais celui-ci a donné lieu à des manifestations incroyables s’y opposant ! La Manif pour Tous manifeste régulièrement à Paris et partout en France avec un succès dérangeant. Ce collectif d’associations, parfois représenté par Frigide Barjot, se présentait comme apolitique et aconfessionnel. Déclaration uniquement destinée à rester politiquement correct. Traduisez plutôt : de droite, extrême-droite et catholique. Des réactionnaires, quoi. Un mouvement qui dérive souvent vers l’homophobie, le racisme, et l’instrumentalisation des enfants qui défendent une famille traditionnelle devant les médias. Sans parler de leur positions sur la théorie des genres ou la GPA. Bref, des idées d’un autre temps. Des idées morales alors que les scandales de pédophilie dans l’église éclatent tous les ans…
« J’aime mon pays » est évidemment ironique. C’est une farce contemporaine qui se moque de cette France là et qui ne l’aime pas. Du second degré à l’état pur, finalement. Comment pouviez-vous en douter ?

Diffusion : Vendredi 17 février - 18h15

Animateur : Chrisopher Pereira