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mar 24 avril 2012 - 12h45, dfféré - 17h35
mardi 24 avril 2012, par
Tiemoko Koné, directeur de radio Tabalé à Bamako. Un point sur l’état d’esprit de la population Bamakoise dans le contexte difficile du Mali aujourd’hui, et sur la situation de la station, jumellée avec la notre depuis 2001
Gilles Gouget : On l’a vu dans l’actualité, le premier ministre s’apprête à nommer le gouvernement de transition, donc vous êtes un petit peu dans l’expectative un mois après le coup d’état, et puis, plus près de nos préoccupations radiophoniques, est-ce que vous arrivez à émettre ces temps ci, puisque on l’avait vu la semaine dernière : En raison de l’embargo, les centrales thermiques qui fonctionnent aux hydrocarbures ont généré non pas de l’électricité mais beaucoup de pannes ?
Tiémoko Koné : À ce niveau il y a beaucoup de pannes, et puis... il y a des difficultés, et puis... Comme vous le savez, y’a le comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE )... J’avoue que, franchement, entre redresser la Démocratie et restaurer l’État, le citoyen ne se retrouve pas dans tout ce cénacle là. et... Comme vous le savez un coup d’état reste un coup d’état... ça amène toujours un problème dans un pays, quand bien même des putschistes disent qu’il y a un coup d’état que lorsqu’il y a problème. Pour ce qui concerne les radios, d’ailleurs, je crois qu’il faut aller vers une radio « résistance » dans la mesure où on sait quand dans les régions du nord, où y’a une part importante des radios du Mali d’ailleurs, ces radios ont des difficultés. Certains ont eu des antennes relais qui ont été saccagées par exemple. Parce que j’ai reçu, de mon côté, des messages des radios de Douentza et puis des radios de Niafounké. Et comme vous le savez, un pays qui reste... D’abord on a fait presque environ plus de deux semaines sans premier ministre et puis là, on est en train d’aller vers presque plus de trois semaines, sinon trois semaines, sans l’installation du gouvernement, quoi. Et ça ça ne peut que affecter les radios de manière générale, quoi.
G.G. : Comment vous arrivez à maintenir le contact avec vos collègues des autres radios dans le nord du pays ? Est-ce que les réseaux de téléphonie sont fonctionnels ?
T.K. : Oui. Moi, personnellement, j’arrive à rentrer en contact téléphoniques avec eux, des fois que le réseau il est là. Et sinon, on a également, dans le cadre du plan Radio Afrique, on a eu des échos à travers les formateurs, qui d’ailleurs a quitté le Mali en pleine formation, quand ils étaient en train de former nos... nos agents. Donc y’a eu bien des problèmes qui se sont présentés. Voilà : les formateurs de RFI, dans le cadre du plan radio Afrique, ont plié bagage et donc, on a des signaux, ils arrivent à nous envoyer des mails, par exemple. Et puis ils nous disent qu’on leur interdit de passer certaines musiques, vu la charria, donc on est en train de jouer sur leurs programmes.
G.G. : Quelle marge de manœuvre il leur reste à l’antenne ?
T.K. : J’avoue que franchement, en matière de programmation radiophonique, il leur reste peu de marge de manœuvre, quoi. D’autant plus que d’après les signaux qu’ils nous ont envoient, on voit aisément qu’ils ne sont plus inscrit... notamment dans la laïcité par exemple.
G.G. : Est-ce que les gens ont peur que la situation devienne un petite peu.. plus très laïque, et plus très démocratique ?
T.K. : Oui, bien sûr parce que les gens qui sont venus à Bamako, par exemple, ont pu constater que nous faisons partie de ces pays où quand vous sortez en ville, CNRDRE par exemple, vous remarquiez aisément que les femmes portent plutôt un foulard... mais la femmes maliennes en général ne portent pas de voile. Même s’il y a quelques cas, mais... donc, on voit aisément que c’est des choses qui n’apparaissent pas concrètement dans notre mode de vie, ici.
G.G. : Tu nous parlais la semaine dernière du fait qu’il y avait eu des restrictions d’eau potable.
T.K. : Ça ça a pu se régler. Maintenant ils ont rétabli ça. L’eau... on a de l’eau maintenant. Par contre y’a une radio de Bamako, par exemple, qui dans la foulée a été... presque saccagée, quoi. Mais ils n’ont pas pu... aller jusque dans les studios, ils ont saccagé la devanture comme ça. Et puis plus tard y’a des militaires qui ont pris la garde pour défendre la radio en question, quoi, qui est beaucoup fortement impliquée dans les affaires avec le CNRDRE... et machin. C’était pour des raisons politiques bien entendu, quoi. Des raisons de tendances, quoi. Donc, tout ça ça peut apparaître comme des signaux, quoi. On sait pas. Si la situation venait à se dégrader, c’est évident que l’ensemble du dispositif radio à Bamako pourrait être amené à être menacé, quoi. Et vous savez que les 40 jours, c’est déjà fini, quoi. Est-ce qu’on va aller vers une transition ? Qu’est-ce qui va se passer ? Est-ce que c’est les militaires qui vont revenir ? Voilà. Y’a plusieurs scénarios qui sont en route. Et j’aurais même appris que les officines des Nations Unies ont fait appel à leurs relais, ici au Mali, à leurs agents, à ceux qui travaillent dans le système des Nations Unies, ils leur ont pratiquement fait des ateliers de secours, des ateliers de... en cas de violences, ce qu’il faut faire, quoi. Donc... voilà. Et d’ailleurs par exemple, au Mali, le Lycée français était fermé. Le Lycée français a réouvert ses portes mais sous bonne, sous haute garde militaire.
G.G. : Pour terminer, au quotidien comment ça se passe à radio Tabalé ? Est-ce que vous êtes nombreux à occuper les lieux, pour être là, pour guetter la moindre source d’électricité ? Tu me parlais de panneaux solaires...
T.K. : Oui, les panneaux ça peut aller, mais en plus de ça aussi, nous sommes également... y’a pas que les panneaux, quoi, c’est à dire que la situation... on a comme l’impression que la situation se dégrade, quoi. En plus de l’embargo. D’ailleurs c’est un tout petit peu... des difficultés financières qui pointent à l’horizon, surtout un pays comme le Mali quoi, hein ? J’ai un animateur l’autre jour qui me demandait 50 centimes pour acheter du pain, quoi. Moi j’étais étonné... de voir ce genre de chose arriver.
G.G. : C’est à dire qu’il y a une désorganisation de l’activité économique qui fait que les gens trouvent moins de travail ?
T.K. : Voilà. Les gens arrivent moins à se débrouiller. Y’a les relais... c’est comme si on était dans un processus de changement de régime politique, donc les gens qui vous aidaient, les gens qui... Parce nous ici c’est également le social, quoi. Les gens qui tenaient en quelque sorte les cordons de la bourse vis à vis de ceux qui n’ont pas assez de moyens, et bien leur robinets à tendance à se fermer, quoi.
G.G. : Tiémoko on se rappellera la semaine, prochaine. Si tu as un mot à dire aux auditeurs, le mot de la fin ?
T.K. : Oh oui, c’est à dire qu’il faut prier pour le Mali, quoi. Hein ? Le Mali, tu le disais tantôt, est un bel exemple de démocratie, le Mali est un grand pays, laïc et tout, qui a eu 20 années d’excellence démocratique, et qui se trouve là... C’est dur quand même, il faut que les auditeurs soient de cœur avec nous pour nous accompagner, moralement surtout, et voilà. Et puis... on attend, quoi. Hier on devait avoir un gouvernement, on a pas eu le gouvernement. Bon voilà. Ça prouve que y’a beaucoup de tractations en ce moment, quoi. Et puis bon... J’ai comme l’impression aussi que... c’est comme si y’avait aussi un problème. C’est à dire que les grandes puissances doivent prendre leurs responsabilités, des pays comme la France doivent prendre leurs responsabilités par rapport au Mali, notamment, quoi. Parce que derrière tout ça aussi, y’a un jeu, quoi. Hein ? Les dirigeants actuels, de façon générale, et au Mali dans une moindre mesure... le Mali est en train, en quelque sorte, de s’angliciser... donc... y’a ça, quoi. Hein ? C’est à dire qu’il y a l’Amérique qui arrive, quoi, au sommet de l’état maintenant. Et qui s’installe... progressivement.
G.G. : Y’a-t-il beaucoup de maliens qui se demandent ce que fait la France ?
T.K. : La France ? On a comme l’impression qu’elle est absente, quoi. On a comme l’impression que vis à vis du Mali, la France, dans l’état actuel des choses est plutôt intéressée par ses élections. Donc voilà.
Animateur(s) :
Gilles Gouget
Réalisation Technique :
Gilles Gouget











