Divergence FM Radio




Pauline Croze


mardi 19 avril 2005, par Gilles Gouget

C’était au mois de janvier 2005, où les nouveautés discographiques étaient souvent féminines et toujours de bon goût (c’est quand même sur divergence :)

On attend de voir si elle passera chez nous durant l’été festivalier...

Gilles Gouget : Pauline Croze bonjour.

Pauline Croze : Bonjour.

G. G. : On est ravis de vous avoir sur Divergence, quand bien mme par tlphone. On vous souhaite une bonne anne.

P. C. : Ben merci beaucoup, vous aussi, hein.

G. G. : Une bonne anne qui dmarre plutt bien, puisque l’album sort ces jours-ci, un album qui nous a bien fait plaisir. La premire chose qui m’a personnellement frapp, c’est la voix, votre voix, qui me fait un peu penser M, dans ce ct soul que l’on voit de plus en plus dans le paysage de ce qu’on appelle la nouvelle chanson franaise . Vos influences musicales, elles se trouvent o ?

P. C. : Ben c’est vrai que... Dj, moi j’aime beaucoup la musique noire, en fait. Tout ce qui est reggae, soul, musique africaine. Et c’est vrai qu’ce ct... je vois tout fait le ct un peu soul, dans peut-tre la faon de donner un chant, ou le dbit des mots dans une chanson. Moi, j’ai pas essay de retranscrire a, j’ai fait ce qui est venu, mais a m’a un peu inspir quand mme, et c’est vrai que je me reconnais dans c’que vous dites (rire).

G. G. : Avec aussi une faon de chanter qui mise plus sur l’galisation des registres. La voix, c’est un instrument que vous pratiquez depuis longtemps ?

P. C. : En fait, moi, j’aimais chanter depuis que je suis toute petite. Et donc, voil, c’tait vraiment un amusement. Et aprs, vers 14 ans, j’ai achet une guitare, donc j’ai commenc composer des chansons. Et en fait, le vrai travail intense de tous les jours-tous les jours , a a dmarr en 99. Donc, voil, c’est vraiment plus intense depuis 5-6 ans.

G. G. : Donc c’est pas quelque chose de tout neuf. J’aimerais que vous nous parliez d’dith Fambuena.

P. C. : En fait, Edith, je l’ai rencontr grce mon ditrice, qui, en coutant mes pr-maquettes, s’est tout de suite dit tiens, a c’est pour Edith, quoi, vraiment.... les couleurs musicales peuvent vraiment lui plaire . Et donc on s’est rencontres, et puis a s’est trs bien pass. Je lui ai donn quelques maquettes guitare-voix, et puis elle a commenc travailler dessus, et puis tout de suite y’a eu vraiment un bon feeling, elle a t trs l’coute, et surtout, elle est venue dans mon sens, en fait. Donc il y a eu un bon partage, et je pense que chacune est contente du rsultat, parce que mme si elle est venu dans mon sens, elle a fait quand mme des choses qui lui plaisaient, je pense.

G. G. : Elle dit lorsque j’ai rencontr Pauline pour la premire fois (...) j’ai trs vite compris que le murmure, c’tait pas son truc .

P. C. : (rire)

G. G. : ...pourtant on peut pas dire que vous soyez une chanteuse... gueularde.

P. C. : Euh... C’est peut-tre pas le mot, mais disons que... mme par exemple sur scne, j’aime bien... Moi, enfin, j’adore gueuler ! Mais disons que a dpend. Y’a des morceaux qui s’y prtent ou pas.

G. G. : On peut parler par exemple du premier de l’album, Mise nu... Quand on chante, en s’accompagnant la guitare, c’est un petit peu la situation dans laquelle on est, non ?

P. C. : Oui, tout fait, oui.

G. G. : Mais a n’a rien voir avec la chanson.

P. C. : Pas du tout, non. C’est vrai que le titre de cette chanson synthtise beaucoup le dpouillement de l’album, au niveau du son, et aussi au niveau de ce que je dis, moi, dans les chansons, et l’orchestration qui est trs intime.

G. G. : Le titre T’es beau... qui s’adresse-t-il ?

P. C. : Cette chanson s’adresse un ami moi, qui est disparu.

G. G. : Y’a beaucoup d’auto-biographie dans ces textes.

P. C. : Oui. Je pense qu’il n’y a que a, mme. C’est trs fatigant pour moi de raconter ma vie, mais bon...

G. G. : Plus que de la chanter ?

P. C. : Ben disons que je prfre la chanter.

G. G. : La guitare cordes nylon, est-ce que a a t un premier et un dernier choix ?

P. C. : Disons que... moi je suis passe par des guitares folk, ou lectriques, et les guitares nylon c’est vraiment mes prfres parce qu’elles ont un son... j’prfre ce son l, qui est plus rond... Alors que la guitare folk, en plus, a fait vite... folk song par rapport au son, et moi j’ai pas le sentiment de faire du folk, en fait. J’ai le sentiment, avec ma classique, enfin... si je peux apporter une autre couleur, c’est grce la classique dont j’aime normment le son, et puis en plus j’coute beaucoup de flamenco, et de musiques latines, qui sont vraiment faites avec cet instrument, la classique.

G. G. : Autour de la guitare et de la voix, y’a tout l’arrangement, avec des choses trs actuelles. C’est quelque chose que vous aviez avec vous, ou c’est Edith ?

P. C. : Ah ben, c’est surtout Edith qui a amen sa matire. Aprs, moi, je faisais un peu le tri entre ce qui me plaisait et ce qui me plaisait pas, mais c’est surtout elle qui a vraiment pens les sons... Moi, j’tais tellement dans les chansons que... et puis c’tait tellement un dbut que, au dpart, j’avais pas tellement d’ides lui proposer pour lui dire tiens, sur tel moreau, j’aimerais bien que ce soit comme ci ou comme a . Et en fait c’est elle qui a amen toute la matire musicale, et aprs on a vu a toutes les deux pour affiner, pour que je lui dise si a me convenait par rapport au propos de la chanson, ou si c’tait pas propos.

G. G. : Mis a part ce ct autobiographique, y-a t il d’autres choses autour de vous, qui poussent la plume ?

P. C. : Ah ben oui, mais c’est vrai que... C’est vrai qu’il y a plein de thmes qui m’inspirent, mais c’est vrai aussi que j’ai l’impression que j’ai pas le... j’sais pas comment dire... Il faut le talent, aussi, pour parler de choses, de grands thmes, on va dire. Moi y’a un truc qui me... qui me tue, quoi, c’est la misre, l’occident qui est dans le confort, il est bien loti, quoi. Et l’autre moiti de l’hmisphre ils ont rien ; enfin c’est des injustices. La misre, le racisme, l’indiffrence, mais c’est des choses qui sont dures parler, dure dire, en fait. C’est marrant parce qu’on me posait aussi cette question, et j’avais voqu la chanson de Diams, Marine, sur Marine Le Pen, et elle a une faon d’en parler qui est terrible, quoi. Parce qu’elle aborde le sujet vraiment crment, quoi, enfin elle a une faon d’en parler qui est pas lourde, qui est pas pesante, pas dmago, elle amne vraiment son truc elle, et j’pense qu’il faut avoir du talent pour s’attaquer ce genre de grandes ides. Et moi je me sens un peu trop petite pour faire a, quoi. Donc c’est vrai que je parle des choses qui me sont proches. Dj, je les connais mieux...

G. G. : C’est dj un talent que d’arriver se nourrir de ce que l’on vit pour faire des chansons. Surtout quand elles sont russies. C’est un album que vous avez fait en ayant dj une certaine prsence sur scne.

P. C. : Oh, c’est pas moi de le dire (rire).

G. G. : Vous avez jou dans de grands festivals quand mme.

P. C. : Ouais. Ouais ouais, quelques uns, qui s’taient bien passs. Enfin, moi, j’y allais ’guitare-voix’, donc, comme j’avais eu cet apprentissage pendant trois-quatre ans de faire des concerts guitare-voix dans des bars, j’tais un petit peu, mais bon, un petit peu, aguerrie, quoi. C’est un ternel recommencement chaque concert, mais disons que j’avais peut-tre un peu plus confiance en moi pour... pour m’imposer, on va dire.

G. G. : La prochaine tourne sera une prsentation de l’album, avec des musiciens ?

P. C. : Oui, tout fait. En fait on a fait notre premier concert jeudi 20 Rennes, l’Ubu, pour la prsentation de tout le projet. Et en attendant la sortie de l’album, et voir comment il est accueilli, il va y avoir un panach entre des dates avec les musiciens, et des dates toute seule. Donc pour l’instant je vais encore tourner un petit peu toute seule, et aprs j’espre encore plus avec les musiciens.

G. G. : Y a-t-il une difficult supplmentaire jouer avec des musiciens qui accompagnent, par rapport tre seule ?

P. C. : Non, pas du tout. Justement, j’arrivais quand mme un moment de saturation. Et l, ils arrivent vraiment point nomm, et en plus j’ai vraiment le sentiment d’avoir fait une belle rencontre avec eux, parce qu’il sont vraiment... ils vivent vraiment les chansons. Ils les jouent pas comme a, et puis aprs ils s’en vont, ils y pensent plus. Je sens que, vraiment, ils les vivent sur scne avec moi, et c’est trs important. Et puis il y a une bonne cohsion dans le groupe, et je sais que le fait qu’ils soient sur scne avec moi me permet de pousser plus loin les chansons et les interprtations. J’ai refait un ou deux concerts toute seule, aprs avoir jou avec eux, et je me suis sentie un peu seule (rire), c’tait un peu dur.

G. G. : On espre vous voir Montpellier avec tout le groupe.

P. C. : Ah ben oui.

G. G. : Dans le papier qu’a crit Edith, elle dit son amertume de vivre est au creux de ses textes , pourtant y’a pas que a, on y trouve aussi pas mal d’espoir.

P. C. : Ben j’espre qu’on sent a. J’espre, parce que j’ai pas vraiment l’impression qu’il y a de l’espoir, quoi. Mais si on le resent, tant mieux. Moi je suis quelqu’un d’assez mlancolique, alors j’ai l’impression que je donne pas de porte d’issue dans mes chansons, et j’espre me tromper !

G. G. : Cette porte d’issue, on la trouve peut-tre dans la musicalit du chant. Qu’est-ce qui a influenc le 10e titre Femme fossile ?

P. C. : Ah. Ben disons que c’est des expriences personnelles, en rencontrant des hommes qui ont une vision assez cadre de la femme, et en l’occurrence par rapport un couple dans lequel j’tais. Et je crois que c’est vraiment un coup de gueule, un trop plein de ce genre de principe dans lesquels faut vraiment suivre les rails. Et a, a m’insupporte. Le mariage aussi c’est quelque chose qui m’insupporte, que j’comprend pas, qui m’chappe, que j’trouve idiot. C’est peut-tre idiot de ma part de dire a, mais... J’sais pas, je trouve a vraiment... je trouve a absurde en fait. Et tout le ct o on peut pas tre accept comme on est, il faut tre selon les modles extrieurs, les strotypes, c’est vouloir vraiment nous enfermer dans un carcan, quoi. Et bon, on a beau tre 50 ans du droit de vote des femmes, on a peut-tre volu, mais y’a encore beaucoup de choses faire, je pense. Et il n’y a que les apparences qui disent qu’on est l’gal de l’homme, en fait. Donc, je voudrais qu’on puisse aller au-del de ces apparences.

G. G. : Esprons que tout le monde le puisse dans un monde meilleur. On vous remercie en souhaitant vous voir Montpellier.

P. C. : Merci beaucoup.



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