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- Le Roi de la Pastèque, de Daniel Wallace
Alabama song
Deuxième roman de l’auteur de Big Fish
mardi 10 mai 2005, par
Un deuxième roman merveilleusement contrasté confirme l’étonnant conteur qu’est Daniel Wallace, auteur de Big Fish. D’Alabama, il décrit comment naissent les morts.
Pour rencontrer le roi de la pastque, il faut aller au fin fond de l’Alabama, dans la petite ville d’Ashland, prsente dj dans Big Fish, le premier roman de Daniel Wallace, adapt au cinma par Tim Burton. Ashland, capitale de la pastque depuis des temps immmoriaux, peuple de gens ordinaires, obsds par l’ide de fertilit voue un culte au cucurbitace. A croire que toute la vie s’est dveloppe autour de cette plante dont le fruit rond et les tiges rampantes, envahissantes ont inspir plus d’un conte fantastique. Une fois par an, on y lit un roi, dsign parmi les hommes vierges. Au cours d’une crmonie, alliant rituels du Ku Klux Klan et orgie paenne, le puceau est dniais. Je vous l’accorde, l’lection du roi de la pastque peut tre considre comme un manque de got choquant. C’est tre irresponsable que de promouvoir le sexe notre poque. Mais soyons francs : les gens d’ici s’intressent plus au dcompte des graines de la plus grosse pastque de la ville qu’au Sida ou ce genre de choses.
Une jeune et jolie trangre, Lucy Rider, perturbe cette tradition, en dsignant le puceau dsign, futur roi de la pastque et idiot du village comme pre de son futur bb. La fte est annule, Lucy mise au ban de la socit, vit une grossesse difficile, sauve l’enfant, l’aide s’enfuir et meurt. Pendant dix-huit ans, la crmonie n’aura plus lieu. Les plantations et la ville connaissent le marasme, jusqu’au jour o, Thomas Rider, vient enquter sur les circonstances de la mort de sa mre et les mystres de sa naissance. Il sera le nouveau roi que la communaut attend avec une ferveur hystrique. L’enfant, lev par son grand-pre, magnifique affabulateur, fut nourri de lgendes occultant ses origines. La narration, dbride, gnre aussi bien le fantastique, que le ralisme, rebondit dans tous les sens. Mais l’crivain tient fermement les rennes du rcit, qu’il structure rigoureusement. Le dcoupant en trois parties, il laisse dans un premier temps le lecteur chafauder toutes les hypothses en le confrontant aux rcits des diffrents protagonistes. Dfile une galerie somptueuse de personnages pittoresques, attachants, extrmement vivants. L’auteur cisle avec brio les diffrents registres de langues, d’accents, de niveaux culturels, d’tats d’mes. Chacun se raconte Thomas Rider avec tonnamment de sincrit suscitant sympathie et approbations. L’auteur de Big Fish recouvre la sauvagerie et la malignit intrinsques de nombreux personnages d’une patine quasi-humaniste. La deuxime partie pourrait s’intituler Grandeur et dcadence d’un grand-pre. Thomas Rider passe du statut d’enquteur, celui de narrateur, rvle les maintes histoires inventes par le vieil homme sur sa naissance quasi-mythique, les mlant d’autres mensonges tous aussi farfelus que cohrents. Ce sont les histoires qu’on raconte sur soi-mme qui donnent un sens notre vie. Sinon, que nous resterait-il ? Comme dans Big Fish, un fils demande des comptes son pre (grand-pre) sur sa naissance, traque la vrit, ne supporte pas de vivre dans le mensonge, fut-il ferique. Mystre de la naissance et mystre de la mort se chevauchent toujours chez Wallace.
Dans la troisime partie, Thomas Rider voque son arrive dans la ville, son lection de roi de la pastque et toutes les pripties qui suivront. De rebondissements en rebondissements, les divers lments d’une histoire jusqu’alors improbable, s’agenceront la perfection, laissant le lecteur poustoufl.
Si le titre originel fait rfrence au Watermelon King, il est noter que les watermelon-men ou watermelon-heads dsignent dans les tats de l’Union les ploucs, les crtins aux pratiques bestiales et aux ides ultra-conservatrices. Ils sont les bras arms de pasteurs rigoristes dans Les Sorcires de Salem d’Arthur Miller, provoquent la terreur dans Delivrance le film de John Borman ou violent l’hrone de Dogville de Lars Von Triers. La littrature et le cinma U.S, en priode de crise politique (maccarthysme, guerre du Vietnam, annes Bush...) les mettent souvent en scne pour dnoncer le fascisme rcurrent du pays, qui bti coups de colts, dans la violence et le sang, avec l’assentiment de religieux et politiciens obscurantistes, conserve des zones de non droit dans ses coins les plus reculs. L, des anti-hros, tres amoindris (sexe, couleur, ides, handicap...) venus de nulle part dnoncent et sment le trouble au sein de ces communauts d’un autre ge. Dans ce roman, une femme fragile, aidera l’idiot du village, un simple d’esprit sensible et pur, peru comme le plus crtin d’entre tous, dire non Daniel Wallace dnonce l’oppression d’une communaut sur les individus la constituant, le vernis social qui camoufle d’immondes pratiques, la violence, le racisme, les rapports incestueux, tout en mettant le bien et le mal sur un mme plan, ce qui peut paratre gnant. Dnonciation politiquement correcte ? Tendance contemporaine relativiser les agissements des tortionnaires et victimes ? Non, plutt, art du conte dont la fonction primordiale est de dire par l’hypertrophie, le merveilleux, la parabole, des choses horribles pour permettre aux humains de continuer affronter le rel. Cet illustrateur, n en Alabama en 1959, confronte pass archaque une modernit lisse, flasque, anxiogne avec beaucoup d’humour, mais aussi extrmement de gravit. Vibrionnant d’humanit.
Et il a dit : Il y a un singe qui s’amuse quelque part. Ca signifie (...) Je sais bien ce que a veut dire. C’est ce qu’on dit quand il pleut et qu’il fait beau en mme temps.
DANIEL WALLACE, LE ROI DE LA PASTEQUE, Traduit de l’amricain Par Laurent Bury.
228 pages, 14,95 , d. Autrement











