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Anticychronique

L'HICOPPAMPE INFINI N°1

mardi 14 mars 2006 - 09h10-12h40-17h40


lundi 20 mars 2006, par Caroline Novara

Voilà, une anticychronique supplémentaire dans la grille de divergence, l’hicoppampe infini, un hicoppampe à priori vert, c’est un parti pris. Un hicoppampe qui viendra vous parler de livres on l’espère tous les quinze jours. Je vous dit "on l’espère" parce qu’on est jamais à l’abri d’une comète impromptue, et que je crois qu’on est plusieurs à l’espérer, d’où le "on", parce qu’en règle générale c’est plutôt je...

Bref...

Le premier texte choisi est une nouveauté. Ce ne sera pas toujours le cas mais celui-ci j’y tenais un peu, 1 parce que son auteur, Patrick Sûskind, a crit un des meilleurs polar que je connaisse, si ce n’est LE meilleur polar (le parfum), et 2 parce que je croyais ce type mort depuis le XIXme sicle, mais ce n’est pas tout :

Tout d’abord plantons le personnage

Patrick Sûskind est un homme discret. Il n’accorde aucune interview et ses attachés de presse, sollicités, n’ont qu’un mot à la bouche : Faites comme si il était mort (comme quoi il savent être efficaces...).

Patrick Sûskind est un homme qui crit peu, ou au moins lentement (mais a, à vrai dire, je n’en sais rien vu que c’est un homme discret qui ne s’exprime pas sur le sujet). Toujours est il que outre Le parfum, en presque 20 ans, il n’est l’auteur que de 4 ouvrages extrêmements courts : Le pigeon, en 87, qui nous décrit comment un pigeon mêne le chaos dans la simple vie qu’un homme essaie désesprment d’organiser, La contrebasse en 89 est un monologue écrit pour le théâtre, des sentiments d’un contrebassiste la fois drôle et plutôt pathétique, L’histoire de M. Sommer en 91 et enfin Un combat et autres récits un recueil de nouvelles paru en 96.

Et voilà t’il pas que cette année paraît un essai intitulé Sur l’amour et la mort.

D’entrée, le titre est pas vertigineux, parce que oui, ça compte les titres vertigineux, mais bon ça a le mérite d’être clair, le bougre compte nous parler de l’amour et de la mort, qu’on se dit. Et il le fait...

Dans un style facile à lire, et d’autant plus facile que le style ne dure que 80 pages, qui au format poche en feront sans doute 60. Le contenu est assez divertissant. Sûskind met à table quelques grands classiques de la littrature pour mettre en boîte l’état amoureux et son cortège de niaiseries consternantes.

Il nous parle d’amour donc, capable de faire de nous des chiens devant leur matre ou, au mieux, (quand on est deux à s’aimer) des imbéciles qui ont au moins ça de bien qu’ils se neutralisent, et au pire, des brutes sanguinaires aux bottes d’un dictateur.

Jusque là c’est plutôt frais...

Bien évidemment, l’amour c’est aussi et surtout, physiquement et spirituellement de la création. Il est au coeur de la production artistique depuis l’antiquité. L’amour à côté duquel la misère, les guerres, les exploitations et autres ennuis financiers ne sont que des thèmes secondaires. S’il en allait autrement nous dit Süskind, il n’y aurait pas de poème, de roman, de pièce de théâtre mais uniquement des communiqués.

Et Süskind sait de quoi il parle...

L’amour qui trouve dans la mort son double rabat-joie.

L’un comme l’autre auérolés de mystères. Bon, il est entendu que le mystère de la mort, cette sinistre emmerdeuse, est un peu plus mysterieux, mais bon il est notoire que l’ignorance n’est pas une raison pour se taire.

Et donc, Süskind de comprendre ce qui, dans la littérature, lie l’amour à la mort : exaltation, apothéose, libération ou risque nécessaire.

Süskind cloture son essai par une analyse comparée tout fait réjouissante entre Orphée et son Eurydice et Jésus et son Lazare, et du combat que l’un et l’autre mènent face à la mort.

À l’un, il prête des ambitions calculatrices, la quête d’un pouvoir obtenu par de soigneuses mises en scène à grand renfort d’apodictiques. Mais en vérité je vous le dit... . l’autre l’héritage d’une humanité résolument et définitivement imparfaite et faillible.

Je n’irai pas jusqu’ dire que c’est audacieux mais bon, à chacun ses héros, et visiblement Süskind préfère le pouvoir de l’art à celui de la politique.

À mon sens, et tout le monde aura compris que ça n’engage que ma pomme, l’essai vire au quasi roman assez rapidement, ce qui est plutôt agréable qui ne goûte pas les thèses universitaires de lettres modernes ; plutôt décevant pour un amateur de ces mêmes thèses. Mais, on espère pour eux qu’ils auront compris un moment qu’il fallait, en règle générale, pour trouver leur bonheur, éviter les rayons consommables de nos librairies, rayons dans lesquels on trouvera cet ouvrage (faudrait pas oublier que l’individu a vendu le parfum à 15 millions d’exemplaires).

Sinon, c’est plaisant. De quoi passer 1h30 de détente, chez mémé, à la plage, en tout cas au soleil (bien que Süskind n’y soit pas complètement indispensable). Non, je déconne, ça m’a plu...

Sur l’amour et la mort est paru pour la traduction française chez Fayard en janvier 2006.



Animateur(s) :
Caroline novara
 
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