Araponga 80
Bossa Nova 50 ans (II)
jeu 17 avril 2008 - 20h ; rediff. dim 20 - 10h
jeudi 17 avril 2008, par Marta
On est nombreux à le dire, tout commence avec la célèbre musique "Chega de saudade". La magnifique version de Elizeth Cardoso, dans un disque parfait de 1958, "Canção do Amor Demais", a plu à tous. Sauf au jeune guitariste qui l’accompagnait, Joao Gilberto. Il est trop perfectionniste pour un simple mortel. Le balancement de sa guitare a fait un impact. "Chega de saudade" était pourtant un choro transformé en samba ! Mais la manière dont il jouait était bizarrement nouvelle ! Il décide d’enregistrer sa propre version. En février 1959 sort son 45 tours "Chega de saudade". Une bombe ! Dans la pochette du disque il est présenté par le maestro Tom Jobim comme un jeune guitariste et chanteur bahianais et bossa nova. Et la Bossa Nova fut créée.
Vers la fin des années 50, ils sont nombreux à s’agglutiner au tour de la Bossa et on ne pourrait pas tous les citer. En plus de Joao Gilberto, Tom Jobim et Vinicius de Moraes, des jeunes gens, issus de la classe moyenne carioca, mais aussi des artistes plus expérimentés. Tous avec l’idée de faire une samba moderne, sophistiquée, internationale, exportable. Avec Sergio Mendes, Oscar Castro Neves, Sergio Ricardo, Carlos Lyra, Luiz Bonfa, Carmem Costa, Agostinho dos Santos, Chico Feitosa, Milton Banana, entre autres, ils partent en 1962 à New York pour le mythique concert "Bossa Nova at Carnegie Hall". Un concert critiqué par beaucoup, mais qui a ouvert, en effet, les portes des Etats Unis et puis du monde, à la Bossa.
João Gilberto prend des sambas traditionnelles, altère les harmonies, introduit des accords complexes, joue et chante différemment. Sa version est minimaliste. L’idée est de calmer la samba, la rendre plus intimiste. Peu de percussion, moins de voix. Dans les dits de Jobim : "la Bossa est une samba épurée, qui garde l’essentiel : rythme et le balancement." Curieusement, en voulant adoucir la samba, la bossa a permis l’apparition d’autres sonorités comme le sambossa ou le sambalanço (Elza Soares, Miltinho, Jorge Ben). Mais tous les artistes de la bossa n’auront pas la même reconnaissance. Beaucoup restent à l’écart, comme Johnny Alf. Le club était assez fermé.
La Bossa Nova est rattrapée par le coup militaire de 1964 ; Une prise de conscience socio politique s’imposait. Les disciples de João Gilberto et de Jobim se partagent. Une partie s’exile et préfère maintenir "l’influence du jazz" (Sergio Mendes par exemple), l’autre (Baden Powell, Sérgio Ricardo, Carlos Lyra, Vinícius de Moraes, Nara Leao, Edu Lobo) va chercher des racines plus brésiliennes. La bossa nova va monter dans les mornes de Rio à la rencontre des grands compositeurs de samba (Cartola, Elton Medeiros, Nelson Cavaquinho, Zé Kéti). Le public, plus politisé, suit ce mouvement. Vers la fin des années 60 début des années 70 c’est cette branche de la bossa qui survie au Brésil.
Dans les années 70, la bossa nova va devenir une musique universelle. Joao Gilberto continue à vivre aux Etats-Unis, Tom Jobim rentre au pays. Quant à Vinicius, il va, aux cotés de Baden Powell, immerger dans nos racines africaines avec les afro-sambas. En crise de public au Brésil la bossa va devoir s’adapter. En fait elle va s’enrichir avec Joao Donato, Elis Regina, Joyce, Marcos Valle, Toquinho. En Europe, elle s’invite à Montreux dans les années 80. Au Brésil, elle va prendre un coup de jeune quand le rockeur Cazuza compose et participe du premier album (1986) de la jeune Bebel Gilberto (fille de la Bossa Nova). Edu Lobo rentre de l’exil et enregistre avec Jobim et la chanteuse Rosa Passos, dont la voix est l’incarnation féminine de Joao Gilberto, fait ses débuts.
Vers la fin des années 80 Joao Gilberto rentre à la maison. Il surprend tout le monde lorqu’il enregistre (à sa manière) une musique du rockeur Lobão ("chove la fora"). Mais le public n’est pas tout à fait là. Dans les années 90 la bossa connaît plutôt une crise au Brésil, alors qu’elle ne cesse pas de conquérir le reste du monde. Les européens la restaurent en "New Bossa" ou "Drum`n Bossa", les japonais se l’arrachent (les albums). C’est alors l’occasion pour les cariocas de lancer une "opération de sauvetage" avec le projet Bossacucanova (Roberto Menescal, Márcio Menescal, Marcelinho Da Lua).
Vinicius de Moraes est parti en 1980, Tom Jobim nous quitté en 1994, quant à Joao Gilberto, son dernier album date de 2004. Toujours méticuleux et fidèle à son oeuvre d’art. Mais les héritiers de la bossa nova sont nombreux. Dans son livre "A onda que se ergueu no mar", l’écrivain carioca Ruy Castro afirme qu’on écoute plus de bossa aujourd’hui que dans les années 60. Serait ce vrai ?
Le fait est que, 50 ans après "Chega de Saudade", certains questionnent encore l’authenticité de la Bossa Nova. En simplifiant la samba aurait-on voulu, de manière prémédité, supprimer les racines africaines ? Voyons ! Tom Jobim n’avais pas cette intention quand il parlait d’épuration musicale ! Et on discute encore de l’influence du jazz sur la bossa. Les détracteurs de la bossa ne manquent pas ! Mais les experts en la matière savent rétorquer : Si les deux musiques ont des origines africaines, pourquoi la samba n’aurait pas pu, elle aussi, évoluer ? Plus que ça, certains affirment même que la bossa aurait sauvé le jazz de la crise provoquée par l’arrivée du rock dans les années 60.
On confond souvent culture et tradition ; musique populaire et musique folklorique. Les différentes définitions dans les différentes langues n’arrangent pas les choses. Si la musique est culture elle doit d’évoluer. D’ailleurs la bossa aussi elle se régénère en s’ouvrant à d’autres musiques !
A visiter :
http://bossa-nova.forumactif.com/ http://www.iesanetwork.com/bossanova/ http://bossa-mag.spaceblog.com.br/
A lire :
Sarava : Rencontres avec la bossa-nova (François-Xavier Freland) ; Naive, 2005 Bossa nova ( Ruy Castro) ; Hannibal Verlag ; 2005
Playlist
| titre | artiste | album | année | label | durée |
| Chega de Saudade | Elizeth Cardoso | Canção do amor demais | 1958 | Festa | 3.27 |
| Chega de Saudade | Joao Gilberto | Chega de saudade | 1959 | Odeon | 2.01 |
| Outra vez | Joao Gilberto & Milton Banana | Bossa Nova at Carnegie Hall | 1962 | Audio Fidelity | 3.39 |
| So danço samba | Elza Soares | Sambossa | 1963 | Odeon | 2.11 |
| Longe do Rio | Os Cariocas | A grande bossa | 1964 | Philips | 2.25 |
| Diagonal | Johnny Alf | Diagonal | 1965 | RCA Victor | 2.11 |
| Se o carro parar | Peri Ribeiro & Bossa Tres | Encontro | 1966 | Odeon | 2.54 |
| Fez bobagem | Nara Leao | Coisas do mundo | 1969 | Phylips | 3.00 |
| Sabe você | Alaide Costa | Alaide Costa & Oscar Castro Neves | 1973 | Odeon | 3.23 |
| Cançao do amanhecer | Edu Lobo & Tom Jobim | Edu & Tom | 1981 | Polygram | 4.05 |
| Tim tim por timtim | Rosa Passos | Curare | 1991 | Deckdisc | 3.11 |
| Os dois | Lisa Ono | Bossa Carioca | 1998 | Deck Disc | 2.51 |
| Criança | Joyce | Hard Bossa | 1999 | Far Out Recordings | 3.15 |
| Desde que o samba é samba | Gal Costa | Bossa tropical | 2002 | Abril music | 3.44 |
| O ceu nos protege | Leila Pinheiro & Roberto Menescal | Agarradinhos | 2007 | EMI | 3.06 |
| Chega de saudade | Milton Nascimento & Jobim Trio | Novas bossas | 2008 | EMI | 3.31 |










